Le Banni de Gor

J’offre une libation, dit-il simplement. Ta-Sardar-Gor.

  • Qu’est-ce que cela veut dire ? questionnai-je d’une voix un peu hésitante, épaissie par l’alcool, rendue mal assuré par ma peur.
  • Cela veut dire, répliqua Cabot en riant d’un rire forcé : Aux Prêtres-Rois de Gor. (Le Banni de Gor, p. 12)

C’était un document relatif à ce que Cabot appelait l’Antichton – l’Anti-Terre -, l’histoire d’un guerrier, du siège d’une ville et de l’amour d’une jeune fille. Vous le connaissez peut-être sous le titre Le Tarnier de Gor. (Le Banni de Gor, p. 14)

Je m’étais réveillé, nu dans l’herbe agitée par le vent, sous cette flamboyante étoile qui est le Soleil commun à mes deux mondes, ma planète natale la Terre et sa sœur secrète : Gor, l’Anti-Terre. (Le Banni de Gor, p. 19)

…. une fois encore dans les Montagnes Blanches, j’étais entré dans le disque d’argent – cet astronef des Prêtres-Rois utilisé pour les Voyages d’Acquisition – et, en y pénétrant, j’avais perdu connaissance. C’est dans cet état, comme déjà naguère, que je suis arrivé sur cette planète. (Le Banni de Gor, p. 19)

J’eus de nouveau conscience de la pesanteur un peu moins forte de la planète, mais cela passerait quand mon corps se serait adapté au nouvel environnement. Étant donné cette moindre pesanteur, des prouesses qui paraîtraient presque surhumaines sur la Terre sont banales sur Gor. Le Soleil, comme dans mon souvenir, semblait un peu plus grand que vu depuis la Terre mais, de même que précédemment, c’était difficile à affirmer. (Le Banni de Gor, p. 19-20)

Au loin, j’apercevais des taches jaunes, les bosquets d’arbres Ka-la-na qui émaillent les plaines de Gor. À bonne distance sur ma gauche, je vis un splendide champ de Sa-Tarna, cette haute céréale jaune qui est un élément essentiel de l’alimentation goréenne, joliment courbé sous le vent. (Le Banni de Gor, p. 20)

Les Prêtres-Rois, Gardiens du Lieu Sacré dans les Monts Sardar, qui savent apparemment tout ce qui se passe sur Gor, maîtres de la hideuse Mort par le Feu, qui peuvent détruire par une flamme dévorante tout ce qu’ils désirent et quand ils en ont envie, n’ont pas de motivations aussi simples que les hommes, ne sont pas sensibles aux impératifs de décence et de respect qui influencent parfois nos actes. Leurs préoccupations se bornent à des fins lointaines et mystérieuses. Pour parvenir à ces fins, les créatures humaines sont traitées comme des instruments serviles. Le bruit courait qu’ils utilisent les hommes comme on utilise les pions d’un jeu et, quand le pion a joué son rôle, il est rejeté ou peut-être, comme dans mon cas, retiré de l’échiquier jusqu’à ce qu’il plaise aux Prêtres-Rois de tenter une nouvelle partie. (Le Banni de Gor, p. 20-21)

Le bouclier rond, fait de bandes concentriques de cuir durci se chevauchant, rivées ensemble et reliées par des cercles de cuivre, et muni d’une double courroie pour être tenu au bras gauche, ne portait pas non plus de marque. Normalement, le bouclier goréen est peint de façon distinctive et un insigne permettant d’identifier la cité de son détenteur y est incorporé. Si ce bouclier m’était destiné, et je ne doutais guère que ce fût le cas, il aurait dû porter l’insigne de Ko-ro-ba, ma Cité. (Le Banni de Gor, p. 21)

La lance était typiquement goréenne, longue d’environ deux mètres, lourde, massive, avec une pointe effilée en bronze de quelque quarante-cinq centimètres de long. C’est une arme terrible, une arme de jet apparentée au javelot, utilisée comme lui, et qui , bénéficiant de la pesanteur plus faible de Gor, perce un bouclier à courte distance ou s’enfonce sur près de trente centimètres de profondeur dans du bois compact lorsqu’elle est projetée avec force. Ainsi armés, des hommes chassent en groupe; ils s’attaquent même au larl, cet extraordinaire carnivore ressemblant à une panthère qui peut atteindre un mètre quatre-vingts à deux mètres dix au garrot, dans ses repaires natals de la Chaîne des Voltaï. (Le Banni de Gor, p. 21-22)

En fait, la lance goréenne est telle que de nombreux guerriers dédaignent des armes de jet moins grnades comme l’arc de guerre ou l’arbalète qui, l’un et l’autre ne sont pas rares sur Gor. ( Le Banni de Gor, p. 22)

Je m’en souvenais avec affection, de ce Tarl L’Aîné, Tarl est un prénom répandu ici. J’étais impatient de le revoir, ce rude géant pareil à un Viking, ce fier épéiste barbu, amicalement batailleur, qui m’avait enseigné le métier des armes tel que le pratiquent les guerriers de Gor. ( Le Banni de Gor, p. 22)

J’y trouvais la tunique écarlate, le ceinturon, les sandales et le manteau qui constituent le costume normal d’un membre de la Caste des Guerriers. ( Le Banni de Gor, p. 22)

Pour eux, une cité est presque une chose vivante, ou plus qu’une chose vivante. C’est une entité avec une histoire, alors que pierres et rivières n’ont pas d’histoire. C’est une entité avec une tradition, un héritage, des coutumes, des habitudes, un caractère, des intentions, des espoirs. Quand, par exemple, un Goréen dit qu’il est d’Ar ou de Ko-ro-ba, il fait beaucoup plus que de vous renseigner sur le lieu de sa résidence. ( Le Banni de Gor, p. 23)

Les Goréens en général – bien qu’il y ait des exceptions et notamment la Caste des Initiés – ne croient pas à l’immortalité. En conséquence, être d’une cité est en un sens faire partie de quelques chose de moins périssable que soi-même, quelques chose de divin, au sens d’immortel. Bien sûr, tout Goréen le sait, les cités aussi sont mortelles, car, comme les hommes, elles peuvent être détruites. Et ceci leur fait peut-être aimer d’autant plus leur cité, car ils savent que, tout comme eux, elle est susceptible de disparaître à jamais. ( Le Banni de Gor, p. 23)

Cet amour de leur cité tend à s’incarner dans une pierre connue sous le nom de  » Pierre du Foyer « , habituellement gardée dans le plus haut cylindre de la ville. La Pierre du Foyer, qui n’est parfois qu’un fragment brut de roche sculptée, datant peut-être de plusieurs centaines de générations, alors que la cité n’était encore qu’un groupe de huttes sur la rive d’un fleuve, qui est parfois un superbe cube de marbre ou de granit incrusté de pierres précieuses, est le symbole de la cité. Pourtant, parler de symbole, c’est être au-dessous de la réalité. C’est presque comme si la cité elle-même s’identifiait à la Pierre du Foyer, comme si cette Pierre était à la cité ce que la vie est à l’homme. la croyance veut que tant que subsiste la Pierre du Foyer, de même survivra aussi la cité. ( Le Banni de Gor, p. 23)

Mais ce n’est pas seulement chaque cité qui a sa Pierre du Foyer. Le village le plus simple et le plus humble, et même la hutte la plus primitive de ce village, réduite peut-être à un cône de paille, possède sa Pierre du Foyer personnelle, tout autant que les appartements féeriques où loge l’Administrateur d’une ville aussi importante qu’Ar. ( Le Banni de Gor, p. 23-24)

Deux choses que j’avais espéré trouver dans le ballot n’y étaient pas : un aiguillon et un sifflet à tarn. L’aiguillon est un instrument en forme de baguette, de soixante centimètres de long environ. Il a un commutateur dans la poignée, à peu près comme une torche électrique ordinaire. Quand l’aiguillon est mis en position de marche et qu’il frappe un objet, il provoque un choc violent et éparpille une pluie d’étincelles jaunes. On l’utilise pour diriger les tarns, les oiseaux de selle géants de Gor qui ressemblent à des faucons. En fait, ces oiseaux sont conditionnés presque au sortir de l’œuf à réagir à l’aiguillon. ( Le Banni de Gor, p. 24)

Le sifflet à tarn, comme on s’en doute, est utilisé pour l’oiseau. En général, les tarns les mieux dressés ne réagissent qu’à une seule note, celle émise par le sifflet de leur maître. Il n’y a rien de surprenant à cela étant donné que chaque oiseau est habitué par la Caste des Éleveurs de Tarns à réagir à une note différente. Lorsqu’un tarn est donné ou vendu à un tarnier, le sifflet accompagne l’oiseau. Inutile de dire que le sifflet est important et conservé avec soin car, s’il est égaré ou s’il tombe entre les mains d’un ennemi, le guerrier a pratiquement perdu sa monture. ( Le Banni de Gor, p. 224-25)

J’ai ensuite revêtu la tenue écarlate du guerrier de Gor. Le fait que le vêtement, comme le casque et le bouclier, n’arborait aucun insigne me déconcertait. C’était contraire aux coutumes de Gor car, normalement, seuls les vêtements des hors-la-loi et des exilés – hommes sans cité – sont dépourvus des marques d’identification dont le Goréen est si fier. ( Le Banni de Gor, p. 25)

Ma démarche était légère, mon cœur joyeux. J’étais chez moi car là où ma bien-aimée m’attendait était mon foyer. Là où mon père m’avait retrouvé après plus de vingt de séparation, où mes compagnons d’armes et moi avions bu et ri ensemble, là où j’avais fait la connaissance de mon ami Torm, le petit Scribe, qui m’avait instruit – là était mon foyer. ( Le Banni de Gor, p. 25)

Un pasang goréen mesure environ onze cents mètres. ( Le Banni de Gor, p. 27)

La route, comme la plupart des routes de Gor, était construite comme une chaussée dans la terre et prévue pour durer une centaine de générations. Le Goréen, n’ayant guère la même idée que nous du progrès, prend grand soin de ses constructions et de leur finition. Ce qu’il bâtit, il attend des hommes qu’ils l’utilisent jusqu’à ce que les intempéries l’aient réduit en poussière. Pourtant cette route, en dépit de l’amour du métier que la Caste des Constructeurs y avait déployé, n’était qu’une route secondaire modeste, à peine assez large pour le passage de deux voitures. En fait, même les routes principales de Ko-ro-ba étaient loin de soutenir la comparaison avec les grandes voies qui conduisent à une métropole comme Ar. ( Le Banni de Gor, p. 27)

…. Les ombres des bornes s’étaient allongées et, d’après leur angle (car ces pierres sont disposées de façon à servir aussi de cadran solaire), la quatorzième ahn – ou heure goréenne – était passée. ( Le Banni de Gor, p. 28)

Le temps sur Gor : Le jour goréen est divisé en vingt ahns. La dixième ahn est midi, la vingtième minuit. Chaque ahn comprend quarante ehns, ou minutes, et chaque ehn quatre-vingts ihns, ou secondes. ( Le Banni de Gor, p. 28)

C’est la nuit que chasse le sleen, ce mammifère carnivore à six pattes dont le corps allongé le fait ressembler énormément à un lézard. ( Le Banni de Gor, p. 28)

Le soir aussi, sur le fond brillant des disques des trois lunes de Gor, on peut voir parfois l’ombre silencieuse du prédateur ul, ptérodactyle géant rôdant loin de ses marais d’origine dans le delta du Vosk. ( Le Banni de Gor, p. 28)

Je redoutais peut-être plus encore ces nuits pleines des cris de la meute de varts, essaim aveugle de rongeurs volants ressemblant à des chauves-souris, dont chacun a la taille d’un petit chier. Ils peuvent dépouiller une carcasse en quelques minutes, chacun emportant un lambeau de chair dans les recoins de la sombre caverne que la troupe a choisie comme demeure. De plus, certains essaims de varts ont la rage. ( Le Banni de Gor, p. 28)

Entre autres, l’énorme python goréen aux nombreuses rayures, le hith. ( Le Banni de Gor, p. 29)

Un autre à craindre même davantage est le minuscule ost, reptile venimeux orange vif, long d’à peine quelques centimètres, dont la morsure provoque une mort atroce en quelques secondes. ( Le Banni de Gor, p. 29)

J’avais à peine quitté la route pavée que j’aperçus, venant dans ma direction, chaque pas soigneusement mesuré et ferme, une large silhouette voûtée, courbée sous un énorme fagot de branches fixé sur son dos par deux cordes qu’elle tenait tordues dans ses poings devant elle. sa stature et son fardeau la désignaient comme membre de la Caste des Porteurs de Bois ou Bûcherons, cette caste goréenne qui, avec la Caste des Charbonniers, fournit la plus grande partie du combustible utilisé par les cités.

Le poids que portait ce bûcheron était prodigieux et aurait fait chanceler des hommes de bien des castes, y compris même de la Caste des Guerriers. Le fagot se dressait d’au moins la hauteur d’un homme au-dessus de son dos courbé et faisait près d’un mètre vingt de large. Je savais que cette charge était supportée en partie grâce à une utilisation adroite des cordes et du dos, mais cela requérait aussi évidemment de la force pure et ce bûcheron, comme ses frères de caste, avait été préparé à cette tâche par une sélection qui durait depuis des générations. Les moins forts étaient devenus hors-la-loi ou étaient morts. Dans de rares cas, le Conseil des Hautes en avait autorisé à s’élever de caste. Aucun, bien entendu, n’aurait accepté de descendre à une caste inférieure, car il en existe : la Caste des Paysans par exemple, caste la plus basse de tout Gor. (Le Banni de Gor, p. 29-30)

  • Tal, dis-je en levant le bras droit, la paume vers l’intérieur dans le geste de salut habituel sur Gor. (Le Banni de Gor, p. 30)

Le soleil règle l’horaire de la plupart des métiers sur Gor et le bûcheron devait revenir avec sa coupe de la journée. (Le Banni de Gor, p. 31)

Ce qu’il disait était difficile à comprendre, car les solitaires de la Caste des Bûcherons n’ont pas l’habitude de parler. (Le Banni de Gor, p. 31)

– Alors, Guerrier, dit-il, lançant l’invitation bourrue de Gor à un repas de Basse Caste, partage mon pot ! (Le Banni de Gor, p. 31)

Alors que j’appartenais à une Haute Caste et lui à une Basse, il serait pourtant dans sa hutte – selon les lois de Gor – prince et souverain, car il serait alors sur le lieu de sa Pierre de Foyer personnelle. En effet, un pauvre diable craintif qui ne songerait pas à quitter le sol des yeux en présence d’un membre d’une des Hautes Castes, un rustre opprimé et sans caractère, un misérable déloyal ou un lâche, un colporteur avare ou obséquieux devient souvent, à l’endroit où se trouve la Pierre de son Foyer, un véritable lion parmi ses pairs, fier et splendide, généreux et accueillant, un roi, quand ne serait-ce que dans son taudis. (Le Banni de Gor, p. 31-32)

En vérité, assez fréquents sont les récits où même un guerrier a succombé devant un paysan furieux dans la cabane duquel il s’était introduit abusivement car, dans le voisinage de la Pierre de leur Foyer, les hommes se battent avec le courage, la sauvagerie et la ruse du larl des montagnes. Plus d’un champ de paysan de Gor a été arrosé par le sang de guerriers imprudents. (Le Banni de Gor, p. 32)

Je me demandai si c’était un nom coutumier ou son vrai nom. Les membres des Basses Castes s’appellent souvent d’un nom qu’ils ont choisi, réservant leur nom réel pour les intimes et les amis afin d’empêcher qu’il soit utilisé par un sorcier ou un jeteur de sorts pour leur nuire. Quoi qu’il en soit, j’eus l’impression que Zosk était son nom véritable. (Le Banni de Gor, p. 32)

Ses yeux me regardèrent avec colère à travers les mèches de ses cheveux blancs emmêlés. Je ne comprenais rien à sa crise de peur, mais j’étais fier de le voir la dominer, car la peur est le grand ennemi commun de tout ce qui vit, et j’estimais que sa victoire était aussi, en quelques sorte, la mienne. (Le Banni de Gor, p. 33)

En pareille circonstance, il est impossible de rien dire car, selon la manière de voir goréenne, la pitié humilie à la fois celui qui plaint et celui qui est plaint. Selon les coutumes de Gor, on peut aimer mais on ne doit pas témoigner de pitié. (Le Banni de Gor, p. 34)

À un moment donné, je poussai un cri de douleur. Deux crochets s’étaient enfoncés dans mon mollet. Un ost ! pensai-je. Mais les crochets tenaient bon et j’entendais le bruit d’aspiration, de succion, des gousses d’une plante-sangsue, semblables à des vésicules, qui se gonflaient et se contractaient comme d’horribles petits poumons. Je me baissai et arrachai la plante qui croissait sur le bas-côté de la route. Elle se contorsionnait dans ma main comme un serpent, ses vésicules palpitantes. J’extirpai de ma jambe les deux épines pareilles à des crochets. La plante-sangsue frappe comme un cobra et fixe deux épines creuses dans sa victime. Les réactions chimiques des gousses vésiculaires produisent un effet mécanique de pompage, et le sang est aspiré dans la plante qui s’en nourrit. Comme je retirais la chose de ma jambe – heureux que la morsure ne provienne pas de l’ost venimeux – les trois lunes filantes de Gor sortirent du rideau sombre des nuages. Je redressai la plante frémissante et la cassai. Déjà mon sang, noir dans la nuit argentée, mélangé à la sève de la plante, tachait la tige jusqu’aux racines. En deux ou trois secondes à peine, elle avait pompé environ un huitième de litre de liquide. Avec un frisson, le lançai la plante répugnante loin de la route. Normalement, ces végétaux sont enlevés des bords des routes et des endroits habités. Ils sont surtout dangereux pour les enfants et les petits animaux, mais un adulte qui tomberait au milieu de ces plantes n’y survivrait probablement pas. (Le Banni de Gor, p. 36)

Lui aussi s’était figé, sentant sans doute ma présence. Très probablement, c’était un sleen et, je l’espérais, un jeune. Je présumai que ce n’était pas moi qu’il chassait, sinon je n’aurais probablement pas perçu son odeur. Il se serait approché face au vent. Je suis resté ainsi six ou sept minutes. Je l’aperçus alors, sur ses six courtes pattes, qui ondulait en travers la route comme un lézard à fourrure, son museau pointu et moustachu se balançant d’un côté à l’autre pour flaire le vent.

Je poussai un soupir de soulagement.

C’était bien un jeune sleen, long de deux mètres quarante à peu près, qui n’avait pas la patience d’un animal plus âgé. S’il découvrait ma présence, son attaque serait bruyante, une ruée sifflante, une charge criarde maladroite. Il se coula dans l’obscurité, peut-être pas tout à fait convaincu qu’il n’était pas seul, jeune animal prêt à négliger ou ne pas voir ces légers signes qui font toute la différence entre la mort et la survie dans le monde brutal et prédateur de Gor. (Le Banni de Gor, p. 37)

Pourquoi les lanternes n’étaient-elles pas suspendues sur les hauts ponts ? Pourquoi les lampes aux cent flammes et aux cent couleurs n’étaient-elles pas allumées dans les quartiers de la ville, annonçant dans le code des lampes de Gor les causeries, les beuveries, l’amour ? Pourquoi les énormes phares des remparts ne luisaient-ils pas pour sommer les tarniers de Ko-ro-ba rôdant au loin de regagner l’abri de ses murailles ? (Le Banni de Gor, p. 38)

À peine avais-je fait un pas que j’aperçus le sleen à la lueur d’un éclair. Un animal adulte, cette fois, d’environ six mètres de long, qui chargeait dans ma direction, vite, sans bruit, les oreilles plaquées contre sa tête pointue, sa fourrure lisse de pluie, ses crocs découverts, ses larges yeux de nocturne brillant du désir de tuer. (Le Banni de Gor, p. 39)

Froidement, je dégainai mon épée, tranchai la tête de la bête et dégageai l’arme d’une secousse. Puis, à l’instar des chasseurs de sleen, comme porte-bonheur, et parce que j’avais faim, je fendis avec mon épée la fourrure de l’animal pour lui manger le cœur.

On dit que seul le cœur du larl des montagnes porte plus chance que celui du dangereux et rusé sleen. La chair crue, chaude du sang de la bête, me sustenta et je m’accroupis à côté de mon gibier sur la rouge de Ko-ro-ba, prédateur parmi les prédateur. (Le Banni de Gor, p. 40)

Un proverbe goréen dit que quiconque retourne dans sa cité ne se laisse arrêter par rien. Le sleen ne connaissait-il pas ce dicton ? (Le Banni de Gor, p. 40)

Puis, avec gravité, tout en sachant que c’était de la superstition, j’ai accompli le rite goréen de l’examen du sang. Dans le creux de mes mains, je bus une gorgée de sang, puis j’en repris dans mes paumes et attendis le prochain éclair.

On observe le sang dans ses mains réunies. Il paraît que si l’on voit son visage noir et décharné on mourra de maladie; si on se voit blessé et écarlate, on mourra au combat; si l’on se voit vieux avec des cheveux blancs, on mourra paisiblement en laissant des enfants.

Il y eu un nouvel éclair et je regardai le sang. En ce bref instant, dans la minuscule flaque de sang que je tenais, je vis, non pas moi-même, mais un visage étrange pareil à un globe d’or avec des yeux en forme de disque, un visage que je n’avais jamais vu, un visage qui frappa mon cœur d’une terreur mystérieuse. (Le Banni de Gor, p. 40-41)

La route m’était familière, cette ascension longue et relativement rude jusqu’à la crête de la série de coteaux au-delà desquels se trouve Ko-ro-ba, une montée qui est le cauchemar des conducteurs de caravanes, des porteurs de fardeaux comme le pauvre Zosk le Bûcheron et de tous ceux qui voyagent à pied. (Le Banni de Gor, p. 43)

Ko-ro-ba est située au milieu de collines verdoyantes, à une centaine de mètres au-dessus du niveau du lointain Golfe de Tamber et de cette mystérieuse étendue d’eau au-delà du golfe appelée, simplement en goréen  » Thassa « , la Mer. Ko-ro-ba n’est pas dans un endroit aussi élevé et reculé que Thentis, par exemple, situé dans les montagnes et célèbre pour ses troupeaux de tarns, mais ce n’est pas n on plus une cité des vastes plaines comme la métropole luxueuse d’Ar, ou du rivage comme le bruyant, surpeuplé, sensuel Port Kar sur le Golfe de Tamber. (Le Banni de Gor, p. 43)

Ar est une cité glorieuse, d’imposante grandeur, reconnue même par ses ennemis natures; Thentis a la fière violence des rudes montagnes de Thentis pour cadre; Port Kar peut revendiquer le vas Tamber comme compagnon et la brillante et mystérieuse Thassa au-delà, mais j’estime que ma Cité est vraiment la plus belle avec ses hauts cylindres variés qui se dressent avec tant de grâce, si joyeusement, parmi les calmes collines verdoyantes. (Le Banni de Gor, p. 43-44)

Un poète ancien qui – chose assez incroyable pour l’esprit goréen – a chanté la gloire d’un grand nombre de cités de Gor, avait parlé de Ko-ro-ba en l’appelant les Tours du Matin, et cette appellation est encore parfois utilisée. Le mot même de Ko-ro-ba, plus prosaïquement, est un terme goréen archaïque signifiant  » marché du village « . (Le Banni de Gor, p. 44)

Dans l’éclair qui suivit, je vis le costume blanc d’un Initié, la tête rasée et les yeux tristes d’un des membres de la Caste Bénie, serviteurs, dit-on, des Prêtres-Rois. De haute taille, il se tenait sur la route, les bras caché dans sa tunique, et m’observait. (Le Banni de Gor, p. 45)

  • Pourquoi Ko-ro-ba a-t-elle été détruite ?
  • C’était la volonté des Prêtres-Rois, rétorqua-t-il.
  • Mais pourquoi était-ce la volonté des Prêtres-Rois ? m’écriai-je.
  • Parce que telle elle fut, dit-il, et rien au monde ne peut faire que la volonté des Prêtres-Rois soit influencée ou contestée.
  • Je n’accepte pas leur décision!
  • Soumets-toi.
  • Non! dis-je.
  • Alors, déclara-t-il, voici donc que tu es désormais condamné à errer dans le monde, seul et sans amis, sans cité, sans murs que tu puisses dire tiens, sans Pierre du Foyer à chérir. Tu es dorénavant un homme sans cité, tu sers à tous d’avertissement qu’il ne faut pas faire fi de la volonté des Prêtres-Rois. En dehors de cela, tu n’es rien! (Le Banni de Gor, p. 46-47)

Tout à coup, il hurla comme un chien torturé et ce qui se produisit alors, je ne peux pas me résoudre à le décrire en détail. On aurait dit que tout l’intérieur de sa tête se dilatait et brûlait, bouillonnait comme une horrible lave visqueuse dans le cratère de son crâne.

Ce fut une mort affreuse que la sienne – pour avoir tenté de me parler, pour avoir tenté de me dire ce qu’il avait dans le cœur. (Le Banni de Gor, p. 48)

Comme tous les hommes de Gor, je connaissais la direction des Monts Sardar, résidence des Prêtres-Rois, immense étendue interdite dans laquelle aucun Homme d’en Bas des Montagnes, aucun Mortel ne peut pénétrer. La rumeur courait que la Pierre de Foyer suprême de tout Gor se trouvait dans ces montagnes et était la source de la puissance des Prêtres-Rois. On rapportait que nul n’était revenu vivant de ces mots, que nul ne vivait après avoir posé son regard sur un Prêtre-Roi. (Le Banni de Gor, p. 49)

Les Monts Sardar, que je n’avais jamais vus, se trouvent à plus d’un millier de pasangs de Ko-ro-ba. Alors que les Hommes d’en Bas des Montagnes, comme on appelle les Mortels, y pénètrent rarement et n’en reviennent pas quand ils le font, beaucoup s’aventurent souvent dans leurs parages, ne serait-ce que pour se tenir dans l’ombre de ces falaises qui cachent les secrets des Prêtres-Rois. En fait, tout Goréen est censé faire ce voyage au moins une fois dans sa vie. (Le Banni de Gor, p. 51)

Quatre fois par an, en corrélation avec les solstices et les équinoxes, des foires ont lieu dans les plaines au pied des montagnes, présidées par des comités d’Initiés, foires où des hommes de nombreuses cités se mêlent sans effusion de sang, périodes de trêve, périodes de concours et de jeux, de marchandages et de transactions. (Le Banni de Gor, p. 51)

Les foires font beaucoup pour unir intellectuellement les cités de Gor qui, sinon, seraient très isolées. Et je présume que les foires contribuent également à stabiliser les dialectes de Gor qui, sans cela, après quelques générations, auraient divergé au point de devenir mutuellement inintelligibles. Car les Goréens on ceci en commun : leur langue maternelle dans sa centaine de permutations qu’ils appellent simple la Langue. Et tous ceux qui ne la parlent pas, quels que soient leur niveau de civilisation, sont presque considérés comme au ban de l’humanité. Contrairement aux habitants de la race mais sont très pointilleux sur les questions de langage et de cité. De même que nous, ils trouvent des raisons de détester leurs semblables, mais ce sont des raisons différentes. (Le Banni de Gor, p. 52)

J’aurais donné beaucoup pour voyager avec un tarn, tout en sachant qu’aucun tarn ne pénétrerait dans les montagnes. Il y a quelque chose qui fait que ni les audacieux tarns pareils à des faucons ni les tharlarions à l’esprit lent, ces lézard de Gor utilisés pour le trait ou la monte, ne veulent pénétrer dans les montagnes. Les tharlarions se montrent indociles et, bien que le tarn tente de voler, il devient presque aussitôt désorienté, sans coordination, et retombe vers les plaines en criant. (Le Banni de Gor, p. 52)

… Une fois, j’ai apporté à la hutte d’un couple de paysans la carcasse d’un tabuck, une de ces antilopes unicornes de Gor au pelage jaune, que j’avais abattu dans un bosquet d’arbres Ka-la-na. Sans poser de questions, comme il seyait en l’absence d’insigne sur mes vêtements, ils me régalèrent de mon gibier et me donnèrent de la fibre, du silex et une outre de vin. (Le Banni de Gor, p. 52-53)

Le paysan de Gor ne craint pas le hors-la-loi, car il a rarement quelque chose qui vaille la peine d’être volé, sauf s’il a une fille. En fait, paysan et hors-la-loi vivent sur Gor en accord quasi tacite, le paysan porté à protéger le hors-la-loi et celui-ci, en retour, partageant le produit de ses pillages ou de ses aubaines avec le paysan. Ce dernier n’estime pas cela malhonnête de sa part, ni cupide. C’est simplement un mode de vie auquel il est habitué. Bien entendu, les choses se passent différemment quand le hors-la-loi est explicitement connu comme étant d’une autre cité. En ce cas, il est généralement considéré comme un ennemi, à signaler aux patrouilles le plus tôt possible. Somme toute, il n’est pas de la Cité. (Le Banni de Gor, p. 53)

Sagement, j’évitai les villes pendant mon long voyage, bien que je sois passé près de plusieurs, car entrer dans une cité sans autorisation ou motif valable équivaut à un crime capital et le châtiment est, en général, un rapide et brutal empalement. Les lances d’empalement, sur les murs des cités goréennes, sont souvent surmontées des restes d’hôtes indésirables. Le Goréen est soupçonneux à l’égard des étrangers, en particulier dans le voisinage des remparts de sa cité natale. En fait, le même mort sert en goréen pour désigner l’étranger et l’ennemi. (Le Banni de Gor, p. 53)

Il passait pour exister une exception à cette attitude générale d’hostilité envers les étrangers, la Cité de Tharna qui, selon la rumeur, était disposée à tenter ce qui pourrait s’appeler sur Gor l’aventure de l’hospitalité. il y avait beaucoup de choses présumées étranges concernant Tharna, notamment qu’elle était, à ce qu’on disait, gouvernée par une reine, ou Tatrix, et que la situation des femmes dans cette cité, ce qui est assez normal dans ces conditions, comportait des privilèges et des possibilités d’avenir, contrairement aux coutumes généralement en vigueur sur Gor. (Le Banni de Gor, p. 53-54)

Je me réjouissais qu’au moins dans une cité de Gor les femmes libres ne soient pas tenues de porter un Costume de Dissimulation, de limiter le champ de leurs activités à leur seule demeure et de ne parler qu’à leurs parents ou, éventuellement, à leur Libre Compagnon. (Le Banni de Gor, p. 54)

Je pense qu’une grande partie de la barbarie de Gor vient peut-être de ce stupide étouffement du beau sexe, dont la douceur et l’intelligence auraient pu contribuer à amender ses mœurs rudes. Assurément, dans certaines cités, comme c’était le cas à Ko-ro-ba, les femmes avaient un statut légal dans le système des castes et jouissaient d’une relative liberté. (Le Banni de Gor, p. 54)

En fait, à Ko-ro-ba, une femme pouvait même quitter son habitation sans obtenir au préalable l’autorisation d’un parent mâle ou du Libre Compagnon, liberté qui est inhabituelle sur Gor. On pouvait même voir des femmes de Ko-ro-ba aller sans escorte au théâtre ou à des récitals de poèmes épiques. (Le Banni de Gor, p. 54)

En effet, bien que je n’en aie pas sérieusement envisagé la possibilité, j’étais libre, d’après la mentalité goréenne, de me procurer l’oiseau ou son prix d’achat comme je le jugerais bon puisque j’étais sans cité, un hors-la-loi. (Le Banni de Gor, p. 54)

Il est inhabituel de trouver une femme sans escorte à l’extérieur des murs d’une cité – et même près de ces murs. Je fus stupéfait de la voir seule dans cet endroit sauvage, désert, loin des routes et des cités. (Le Banni de Gor, p. 55)

Sur Gor, les femmes ne voyagent normalement que sous bonne escorte de gardes armés. En ce monde barbare, elles ne sont souvent considérées, malheureusement, guère mieux que des prises de guerre, des fruits de conquête et de capture. Trop souvent, on les voit moins comme des personnes, des êtres humains possédant des droits, des individus dignes de sollicitude et d’égards, que comme de virtuelles Esclaves de Plaisir, des prisonnières vêtues de soie et parée de bracelets, des ornements à placer dans les Jardins de Plaisir de leur ravisseur. (Le Banni de Gor, p. 55)

Un proverbe de Gor dit que les lois d’une cité n’ont plus de pouvoir au-delà de ses murs. (Le Banni de Gor, p. 55)

La rude institution exogame de la capture est liée à la structure même de la vie goréenne. Enlever ses femmes à une cité étrangère, de préférence hostile, est considéré comme méritoire. Peut-être cette institution qui, à première vue, paraît si déplorable, est-elle bénéfique pour la race puisqu’elle évite la consanguinité graduelle dans les cités très isolées qui vivent repliées sur elles-mêmes. Il n’y a pas grand monde, semble-t-il, pour s’insurger contre ce rite de la capture, même chez les femmes qui sont apparemment ses victimes. Au contraire, ce qui est assez extraordinaire, leur vanité est terriblement offensée si l’on estime qu’elles n’en valent pas le risque, en général la mutilation et l’empalement. une cruelle courtisane de la grande Cité d’Ar, à présent sorcière édentée et ridée, s’est vantée que plus de quatre cents hommes étaient morts à cause de sa beauté. (Le Banni de Gor, p. 55)

Nulle pierre ne peut se poser sur une autre pierre, cette phrase me traversa l’esprit. (Le Banni de Gor, p. 56)

On comprend mieux la nature de l’institution de la capture et l’attitude des Goréens à cet égard quand on sait qu’une des premières missions d’un jeune tarnier est souvent de s’emparer d’une esclave pour sa propre maison. Lorsqu’il ramène chez lui sa captive, liée nue en travers de la selle de son tarn, il la remet joyeusement à ses sœurs pour qu’elle soit baignée, parfumée et revêtue de la courte livrée des esclaves de Gor.

Ce soir-là, au cours d’un grand festin, il exhibe la captive, maintenant habillée comme il se doit par ses sœurs du costume de danse de Gor en soie écarlate et diaphane. Des clochettes ont été attachées à ses chevilles et elle a les poignets pris dans les bracelets d’esclave. Fièrement, il la présente a ses parents, à ses amis et à ses compagnons d’armes.

Puis, au son des flûtes et des tambours, elle s’agenouille. le jeune homme s’approche, portant un collier d’esclave où sont gravés son nom et celui de sa ville. La musique se fait plus intense et atteint un crescendo barbare accablant qui s’arrête avec soudaineté. Le silence règne dans la salle, un silence total à l’exception du cliquetis décisif de la serrure du collier.

C’est un bruit que la jeune fille n’oubliera jamais.

Aussitôt la serrure fermée, une formidable acclamation s’élève pour congratuler et fêter le jeune homme. Il retourne à sa place parmi les tables qui bordent la salle au plafond bas où sont suspendues des lampes de cuivre allumées. Il se place au milieu de sa famille, de ses intimes, de ses camarades de combat, assis sur le sol en tailleur à la manière goréenne derrière la longue table basse en bois, chargée de vivres, qui se trouve au haut de la salle. (Le Banni de Gor, p. 56-57)

Tous les yeux sont maintenant braqués sur la jeune fille.

On enlève les bracelets d’esclave qui lui relient les poignets. Elle se lève. Ses pieds sont nus sur l’épais tapis ouvragé qui recouvre le sol de la salle. Les clochettes fixées à ses chevilles tintent légèrement. Elle est irritée, provocante. Bien qu’elle ne porte que les soies de danse écarlates de Gor, presque transparentes, son dos est droit, sa tête haute. Elle est décidés à ne pas se laisser dompter, à ne pas se soumettre, et sa fière attitude en témoigne. Les spectateurs paraissent amusés. Elle les regarde d’un air indigné. Elle les dévisage avec colère l’un après l’autre. Il n’y en a aucun qu’elle connaisse ou puisse connaître puisqu’elle a été enlevée d’une cité hostile; c’est une femme de l’ennemi. Les poings serrés, elle est debout au milieu de la pièce, seule, tous les yeux fixés sur elle, très belle sous la lumière des lampes suspendues.

Elle fait face au jeune homme dont elle porte le collier.

  • Tu ne me dompteras jamais! s’écrie-t-elle.

Cette sortie provoque des rires, des remarques sceptiques, des lazzi bon enfant.

  • Je te dompterai comme je voudrai! réplique le jeune homme, qui fait signe aux musiciens.

La musique recommence. Peut-être la jeune fille hésite-t-elle. il y a un fouet d’esclave au mur. Alors, au son de la musique barbare, enivrante, de la flûte et des tambours, elle danse pour son ravisseur; les clochettes de ses chevilles ponctuent chacun de ses mouvements ceux d’une jeune fille arrachée à son foyer qui doit vivre désormais pour satisfaire l’audacieux étranger dont elle a senti les liens, dont elle porte le collier.

À la fin de la danse, on lui donne une coupe de vin, mais elle ne doit pas boire. Elle s’approche du jeune homme et s’agenouille devant lui, dans la posture exigée de l’Esclave de Plaisir et, tête baissée, elle lui présente le vin. Il boit. Il y a une nouvelle clameur de louanges et de vœux et le festin commence, car personne ne doit toucher à la nourriture avant le jeune homme en pareille occasion. À partir de ce moment les sœurs du garçon ne le servent plus jamais, car c’est la tâche de la jeune fille. Elle est son esclave. (Le Banni de Gor, p. 57-58)

Peut-être faut-il ajouter que le maître goréen, bien que souvent sévère, est rarement cruel. La jeune fille sait que, si elle le contente, la vie lui sera facile. Elle ne rencontre presque jamais de sadisme ou de cruauté gratuite, car l’environnement psychologique qui tend à les engendrer est pratiquement absent de Gor. Cela ne veut pas dire qu’elle ne s’attend pas à être battue si elle désobéit ou ne réussit pas à plaire à son maître. D’autre part, il n’est pas tellement rare de voir des cas où c’est le maître qui porte de bon cœur le collier – moralement du moins – et sa ravissante esclave qui, par la pratique des agréables artifices de son sexe, se passe triomphalement une fantaisie après l’autre avec un succès scandaleux. (Le Banni de Gor, p. 58-59)

Paradoxalement, les Goréens, qui semblent faire si peu de cas des femmes à certains égards, les glorifient de façon extravagante à d’autres. Ils sont très sensibles à la beauté. Elle leur réjouit le cœur, et leurs chants et leur art sont souvent des péans à sa gloire. Les femmes goréennes, qu’elles soient esclaves ou libres, savent que leur seule présence apporte de la joie aux hommes et je ne peux m’empêcher de penser que cela leur plaît. (Le Banni de Gor, p. 59)

Le mariage tel que nous le concevons n’existe pas sur Gor, mais il y a l’institution du Libre Compagnonnage, qui lui correspond de très près. Fait assez surprenant, une femme qui est achetée à ses parents contre des tarns ou de l’or est considérée comme Libre Compagne même si elle n’a pas été consultée lors de la transaction. Ce qui est mieux, c’est qu’une femme libre peut, de sa propre volonté, accepter d’être une Libre Compagne. Et il n’est pas rare qu’un maître affranchisse une de ses esclaves afin qu’elle jouisse de tous les privilèges du Libre Compagnonnage. On peut avoir à un moment donné, un nombre illimité d’esclaves, mais seulement une Libre Compagne. On ne contracte pas de tels liens à la légère et ils ne sont rompu ordinairement que par la mort. Parfois le Goréen, comme ses frères de notre monde, et peut-être même plus souvent, apprend à aimer. (Le Banni de Gor, p. 59-60)

Sans un mot, elle enleva lentement le voile qui entourait son visage et le laissa tomber sur ses épaules. Elle se tenait devant moi, nu-visage comme on dit, et cela de son propre chef. Elle me regarda franchement bien en face, pas effrontément mais sans peur. (Le Banni de Gor, p. 60)

J’admirai la manœuvre simple, exécutée sans qu’un ordre ait été donné, presque par réflexe, et je compris pourquoi Tharna, bien que gouvernée par une femme, avait survécu au milieu des cités hostiles de Gor. (Le Banni de Gor, p. 63)

Thorn, contrairement à mon vieil ennemi Pa-Kur, qui avait probablement péri pendant le siège d’Ar, n’était pas un homme à l’abri des vices sexuels, un homme qui, aec une pureté fanatique et un dévouement total, se sacrifie lui-même et sacrifie un peuple aux fins de son ambition et de sa puissance. Thorn ne serait jamais un Ubar. Il resterait toujours un exécutant. (Le Banni de Gor, p. 66-67)

Je regardai la jeune feme, maintenant captive, après ses longues journées de souffrances et de fuite, ses minces poignets encerclés finalement par les bracelets détestés de Thorn, des bracelets magnifiquement travaillés comme beaucoup, ornés même de pierres précieuses, mais en acier impossible à rompre. (Le Banni de Gor, p. 69)

– Nous nous débarrasserons de ça, lui dit-il. Bientôt, quand tu auras été préparée convenablement, tu seras vêtue de coûteuses soies de plaisir, on te donnera peut-être aussi des sandales, des écharpes, des voiles et des bijoux, des vêtements faits pour réjouir le cœur d’une jeune fille. (Le Banni de Gor, p. 69)

… La plupart des hommes portaient des tuniques grises, signe peut-être de leur insensibilité au plaisir, de leur détermination d’être sérieux et responsables, de se montrer les dignes descendants de cette cité industrieuse et sobre. (Le Banni de Gor, p. 71)

Dans l’ensemble, ils me semblaient pâles et déprimés, mais j’étais persuadé qu’ils pouvaient accomplir tout ce qu’ils entreprenaient, qu’ils étaient capables de réussir des tâches que le Goréen moyen, avec son impatience et sa légèreté d’esprit, finirait par abandonner, les trouvant trop désagréables ou contraignantes; il faut en effet reconnaître que le Goréen moyen a tendance à placer les joies de la vie au-dessus de ses devoirs. (Le Banni de Gor, p. 71)

Seule une petite bande de couleur, sur les épaules de leur tunique grise, indiquait leur caste. Normalement, les couleurs des castes de Gor foisonnent ouvertement égayant les rues et les ponts de la cité, spectable superbe dans l’air lumineux et clair de l’Antichton. (Le Banni de Gor, p. 72)

Je me demandai si les hommes de cette cité étaient dépourvus de la fierté de leur caste qu’éprouvent en général les autres Goréens, y compris ceux des castes dites inférieures. Même des hommes d’une caste aussi basse que celle des Éleveurs de Tarns sont intolérablement orgueilleux de leur métier, puisque qui d’autre qu’eux est capable d’élever et de dresser ces monstrueux oiseaux de proie ? Je suppose que Zosk le Bûcheron était fier de savoir qu’avec sa grande cognée au large fer il pouvait abattre un petit arbre d’un seul coup alors que, sans doute, même un Ubar n’en ferait pas autant. Même la Caste des Paysans se considérait comme  » le Bœuf sur lequel repose la Pierre du Foyer  » et il n’était pas aisé d’inciter ses membres à quitter les étroites bandes de terre qu’ils –comme leurs pères avant eux – possédaient et faisaient fructifier. (Le Banni de Gor, p. 72)

Je regrettais l’absence, dans la foule, de ces esclaves que l’on voit couramment dans les autres cités, en général des jeunes femmes ravissantes vêtues seulement de la livrée rayée en diagonale des esclaves de Gor, une tunique sans manches, à jupe courte se terminant à quelques centimètres au-dessus du genou, tenue qui contraste violemment avec les lourds et encombrants Costumes de Dissimulation portés par les femmes libres. En fait, certaines femmes libres, on le sait, envient leurs sœurs en servitude légèrement vêtues et ayant la faculté, bien que portant le collier, d’aller et venir à leur guise, de sentir le vent sur les hauts ponts, les bras d’un maître qui célèbre leur beauté et les proclame comme son bien. Je m’avisai qu’à Tharna, gouvernée par une Tatrix, il devait y avoir peu ou pas de femmes esclaves. Je ne pouvais pas juger s’il y avait des esclaves hommes parce que leur collier aurait été caché par les tuniques grises. Il n’y a pas de costume d’esclave distinctif pour les hommes sur Gor car, dit-on, il n’est pas bon qu’il découvrent combien ils sont nombreux. (Le Banni de Gor, p. 72-73)

Soit dit en passant, le but du vêtement réduit de la femme esclave n’est pas simplement de proclamer la condition de celle qui le porte mais, en exposant ses charmes, de faire d’elle, plutôt que de sa sœur libre, l’objet favori des raids des tarniers pillards. La capture d’une femme libre donne une certaine gloire, mais la capture d’une esclave offre moins de dangers; la poursuite n’est jamais menée avec autant de vigueur dans son cas et on ne risque pas sa vie pour une femme qui, une fois le Costume de Dissimulation ôté. Peut se révéler avoir une face d’urt et un caractère de sleen. (Le Banni de Gor, p. 73)

Ce sont peut-être les femmes libres qui m’ont le plus surpris dans les rues silencieuses de Tharna. Elles circulaient dans cette cité sans chaperon, d’un pas impérieux; les hommes de Tharna s’écartaient pour les laisser passer, de façon à ne jamais les toucher. Toutes ces femmes portaient des Costumes de Dissimulation resplendissants, richement colorés et taillés, contrastant avec les vêtements ternes des hommes; à l’inverse du voile habituellement porté avec ce genre de costume, les traits des femmes disparaissaient ici derrière un masque d’argent. ils étaient tous d‘un modèle identique, travaillés à la ressemblance d’un visage beau mais froid. Certaines de ces porteuses de masque s’étaient retournées pour me regarder quand je les avais croisées, leurs yeux ayant été attirés par ma tunique écarlate de guerrier. Cela me mettait mal à l’aise d’être l’objet de cette attention, d’être dévisagé par de brillants masques d’argent impassibles. (Le Banni de Gor, p. 73)

Bien que, selon la coutume, la jeune fille libre de Gor doive ne voir son futur compagnon qu’après que ses parents l’ont choisi, on sait bien que c’est souvent le jeune homme qu’elle a rencontré sur la place du marché. Celui qui sollicite sa main, surtout quand elle est d’une Basse Caste, est rarement inconnu d’elle, même si les parents, ainsi que les jeunes gens, se conduisent gravement, comme si c’était le cas. La même jeune fille à qui son père doit ordonner sévèrement de venir en présence de son prétendant, cette timide jeune fille qui se montre incapable de lever les yeux devant lui tant elle est délicate – ce que ses parents remarquent avec satisfaction – est probablement la même qui a souffleté le jeune homme la veille avec un poisson et lui a décroché un tel torrent d’invectives qu’il en a encore les oreilles qui lui tintent. Et tout cela parce qu’il s’est trouvé regarder par hasard dans sa direction lorsqu’un coup de vent imprévu a, en dépit de tous les efforts de la jeune fille, dérangé momentanément les plis de son voile. (Le Banni de Gor, p. 74)

… Même le marchandage qui s’y faisait, car il n’y a pas de prix fixés dans un marché goréen, paraissait maussade, lugubre, dépourvu de l’entrain et de la compétition habituels, des joyeuses interjections et des insultes superlatives échangées entre acheteur et vendeur avec un brio et un style vraiment incomparables. Il arrive même parfois, dans certains marchés, qu’un acheteur, ayant obtenu par son marchandage le prix souhaité, tende au vendeur cinq fois plus de pièces que demandé et l’humilie en déclarant avec suffisance :

  • Parce que je veux te donner ce que cela vaut !

Alors, si le vendeur est assez indigné, il se peut qu’il rende les pièces à l’acheteur, sans même retenir une partie de ce que celui-ci avait accepté de payer, en disant d’un air de contrition comique :

  • Je ne veux pas te voler !

S’ensuit une nouvelle série d’injures et, finalement, les deux parties satisfaites, un compromis ayant été atteint, la transaction est conclue. Acheteur et vendeur se séparent, chacun convaincu qu’il a fait la bonne affaire. (Le Banni de Gor, p. 74-75)

Je montai sur un des cylindres, car je voulais jeter un coup d’œil sur la cité. Je débouchai sur le plus haut pont que je pus trouver. Il comportait un garde-fous, ce que n’ont pas la plupart des ponts goréens, élevés ou non. je laissai mon regard errer lentement sur la cité, à coup sûr l’une des plus insolites de Gor quant à ses habitants et à leurs costumes. (Le Banni de Gor, p. 76)

Tharna, bien qu’une Cité des Cylindres, ne me parut pas aussi belle que nombre d’autres que j’avais vues. Peut-être parce que ses cylindres étaient, dans l’ensemble, moins hauts que ceux de ces cités et beaucoup plus larges, ce qui donnait l’impression d’un amas de disques épais, à l’opposé des hautes forêts de gratte-ciel et de remparts de la plupart des cités goréennes. De plus, à l’inverse de ce qui se faisait ailleurs, les cylindres de Tharna semblaient extrêmement solennels, comme accablés par leur propre poids. Ils se distinguaient à peine les uns des autres, masses de gris et de brun bien différents des mille couleurs vives qui égaient presque toutes les cités où chaque cylindre se veut le plus pimpant et le plus beau de tous dans sa merveilleuse hauteur. (Le Banni de Gor, p. 76)

Même les plaines platees autour de Tharna, piquetées ça et là d’affleurements de rocs rongés par les intempéries, semblaient être grises, plutôt froides et mornes, pour ne pas dire tristes. Tharna n’était pas une cité qui exalte le cœur d’un homme. Je savais pourtant qu’elle était, à mon point de vue, une des plus éclairées et civilisées de Gor. En dépit de cette conviction, sans comprendre pourquoi, j’étais déprimé par Tharna et me demandai si, à sa manière, elle n’était pas en quelque sorte, subtilement, plus barbare, plus dure, moins humaine que ses sœurs plus belles, plus rudes et moins nobles. Je décidai de tenter de me procurer un tarn et de partir le plus vite possible vers les Monts Sardar pour aller à mon rendez-vous avec les Prêtres-Rois. (Le Banni de Gor, p. 76-77)

Les auberges ne sont pas nombreuses sur Gor, étant donné l’hostilité régnant entre les cités mais, d’ordinaire, on en trouve plusieurs dans chaque cité. Somme toute, il faut bien prévoir la réception de marchands, de délégations d’autres villes, de visiteurs autorisés d’une sorte ou de l’autre et, à franchement parler, l’aubergiste n’est pas toujours scrupuleux en ce qui concerne l’identité de ses hôtes et pose peu de questions s’il reçoit une pleine poignée de tarnets de cuivre. Pourtant à Tharna, renommée pour son hospitalité, J’étais persuadé que les auberges sont chose courante. Il était donc surprenant que je n’en découvre aucune. (Le Banni de Gor, p. 82-83)

Je conclu que , au pire, je pourrais toujours aller dans une simple taverne de Paga où, si celles de Tharna ressemblaient à celles de Ko-ro-ba et d’Ar, on peut, roulé dans une couverture derrière les tables basses, passer discrètement la nuit pour le prix d’un pot de paga, forte boisson fermentée préparée avec les grains jaunes de la principale céréale de Gor, la Sa-Tarna ou Fille-de-laVie. L’expression se rattache à Sa-Tassna, le mot pour viande, ou nourriture en général, qui signifie Mère-de-la-Vie. Paga est une corruption de Pagar-Sa-Tarna qui veut dire Plaisir de la Fille-de-la-Vie. On trouvait habituellement d’autres distractions dans les tavernes de Paga mais, dans la morne Tharna, les cymbales, les tambours et les flûtes des musiciens, le tintement des bracelets de cheville des danseuses ne devraient pas être des bruits familiers. (Le Banni de Gor, p. 83)

  • Homme de Tharna, où puis-je trouver une auberge ? demandai-je.
  • Il n’y a pas d’auberge à Tharna, dit l’homme en me dévisageant. Tu es étranger, ajouta-t-il.
  • Un voyageur fatigué qui cherche un logis.
  • Fuis, étranger !
  • J’ai reçu la bienvenue de Tharna.
  • Pars pendant que tu en as encore le temps, insista-t-il en regardant autour de lui pour voir si personne n’écoutait.
  • N’y a-t-il pas de taverne de Paga près d’ici, demandai-je, où je puisse me reposer ?
  • Il n’y a pas de taverne de Paga à Tharna, répliqua-t-il avec ce qui me parut un peu d’amusement.
  • Où puis-je passer la nuit ?

Tu peux la passer en dehors des murs, dans les champs, ou tu peux la passer dans le Palais de la Tatrix.

  • Il me semble que le Palais de la Tatrix serait plus confortable, dis-je.

L’homme eut un rire amer.

  • Depuis combien d’heures es-tu dans les murs de Tharna, Guerrier ?
  • Je suis arrivé à Tharna à la sixième heure.
  • Alors il est trop tard, dit l’homme avec une nuance de tristesse, car tu es dans les murs depuis plus de dix heures.
  • Que veux-tu dire ?
  • Bienvenue à Tharna ! répliqua-t-il, et il s’éloigna précipitamment dans le crépuscule. (Le Banni de Gor, p. 83-84)

Le Kal-da est une boisson chaude, presque bouillante faite d’un mélange de vin de Ka-la-na dilué additionné de jus de citron et d’épices piquantes. Je ne tenais guère à cette concoction  » brûle-gueule « , mais elle était populaire dans certaines Basses Castes, notamment celles qui se livraient à des travaux manuels pénibles. Je présume que sa popularité est due davantage à ce que le Kal-da réchauffe, tient au corps et est bon marché (on utilise un vin de Ka-la-na médiocre pour sa fabrication) qu’à l’excellence de son goût. Mais je réfléchis que, pour cette nuit entre toutes, cette nuit humide, froide, déprimante, une tasse de Kal-da serait vraiment bienvenue. De plus, où l’on trouve du Kal-da, il y a du pain et de la viande. Je pensai à ce pain blond goréen, pétri en forme de miches rondes et plates, tendres et chaudes; l’eau me vint à la bouche à l’idée d’un steak de tabuk ou, si j’avais de la chance, d’une tranche de tarsk rôti, ce formidable sanglier aux six défenses des forêts tempérées de Gor. Je souris, tâtai le sac de pièces de ma tunique, me penchai et poussai la porte. (Le Banni de Gor, p. 84-85)

Je jetai un coup d’œil autour de moi aux hommes présents, à leurs visages mornes, hagards. Étant donné l’éclairage, il était difficile de reconnaître leur caste, car tous portaient les vêtements gris de Tharna et seule une bande de couleur sur l’épaule indiquait leur place dans l’échelle sociale. Ce qui me frappait le plus en eux n’avait rien à voir avec la caste : c’était leur manque d’entrain. je ne savais pas s’ils étaient faibles ou s’ils avaient simplement piètre opinion d’eux-mêmes. Ils leur semblaient sans énergie, sans fierté – des hommes desséchés, accablés, déprimés, des hommes sans amour-propre. (Le Banni de Gor, p. 86)

– Il n’y a pas d’Esclaves de Plaisir à Tharna. (Le Banni de Gor, p. 88)

Quelques guerriers entrèrent aussi et, au lieu de rétablir l’ordre, enlevèrent, chose ahurissante, leurs casques, les remplirent de Kal-da et s’assirent en tailleur avec nous pour chanter et boire leur content. (Le Banni de Gor, p. 89)

  • Ost, lut celui-ci

C’est aussi le nom d’une espèce de minuscule reptile orange vif, le plus venimeux de Gor. (Le Banni de Gor, p. 90)

On n’entrait au Palais de Tharna ou n’en sortait qu’à une personne à la fois. C’était sans commune mesure avec les cylindres centraux aux larges portails de nombreuses cités de Gor que franchissait à l’aise un attelage de deux tharlarions aux harnais dorés. Je me suis demandé si, dans cette forteresse sévère, barbare, ce Palais de la Tatrix de Tharna, justice pouvait être rendue. (Le Banni de Gor, p. 93)

Tout à coup, je proférai un cri d’effroi en me débattant dans le vide, car je tombais comme une pierre. J’entendis Ost hurler de terreur et de surprise quand on le poussa par la porte après moi.

À quelques six mètres au-dessous du niveau de la porte, dans l’obscurité absolue, je heurtai brutalement le fond, un sol de pierre couvert de paille humide. Le corps d’Ost atterrit sur le mien presque en même temps. Je luttai pour reprendre ma respiration. J’eus l’impression de voir des taches pourpres et dorées. J’eus vaguement conscience d’être saisi par la gueule d’un grand animal et d’être tiré à travers une ouverture ronde ressemblant à une bouche de tunnel. Je tentai de résister, mais ce fut en vain. Je n’avais plus de souffle et le tunnel ne me laissait aucun espace pour bouger. Je sentais le fumet humide de l’animal, un rongeur quelconque, l’odeur de sa tanière, la paille souillée. J’avais conscience, au loin, des cris hystériques d’Ost. (Le Banni de Gor, p. 94)

Finalement, il me traîna dans un espace rond ressemblant à un globe, éclairé par deux torches fichées dans des râteliers de fer accrochés aux murs en pierre de taille. J’entendis une voix impérieuse, forte, rude. L’animal poussa des cris aigus de colère. Je perçus le claquement d’un fouet et le même ordre, lancé plus énergiquement. À contrecoeur, la bête lâcha prise et recula, se tapit en m’observant de ses longs yeux obliques flamboyants qui semblaient, `la lueur des torches, des lames d’or en fusion. (Le Banni de Gor, p. 94)

C’était un urt géant blanc, gras, luisant. Il découvrait à mon intention ses trois rangées de dents blanches pareilles à des aiguilles et poussait des cris de colère; deux cornes, des défenses semblables à des croissants plats, sortaient de ses mâchoires; deux autres cornes identiques aux premières – modification du tissu osseux formant l’arête supérieure de l’orbite – saillaient au-dessus de ses yeux luisants qui avaient l’air de me dévorer comme si l’urt attendait la permission de son gardien pour se ruer sur sa nourriture. Son corps gras tremblait d’anticipation. (Le Banni de Gor, p. 94-95)

Plusieurs paries de mains puissantes m’empoignèrent et j’entrevis un lourd objet courbé et argenté. J’essayai de me relever mais fus maintenu à terre, le visage contre la dalle. Un objet pesant, épais comme une poutre à charnière, fut passé sous et sur mon cou. Mes poignets furent dressés en position et le dispositif se referma. Mon cœur se serra quand j’entendis claquer une lourde serrure.

  • Le joug est en place, annonça une voix.
  • Debout, Esclave ! ajouta une autre voix. (Le Banni de Gor, p. 95)

… Un seul ornement allégeait l’aspect mélancolique des murs, un gigantesque masque doré, sculpté à la ressemblance d’une femme très belle. Sous ce masque, sur une haute estrade, il y avait un trône d’or monumental. (Le Banni de Gor, p. 98)

Sur les larges marches menant au trône étaient disposées des chaises curules où avaient pris place, ai-je supposé, les membres du Grand Conseil de Tharna. Leurs masques d’argent luisant, tous sculptés à l’image de la même femme ravissante, étaient tournés vers moi, impassibles. (Le Banni de Gor, p. 98)

Dans la salle, ça et là, se tenaient de sévères guerriers de Tharna, sinistres sous leurs casques bleus, portant chacun à la tempe gauche un minuscule masque d’argent – des membres de la Garde du Palais. Un de ces guerriers casqués était au pied du trône. Il me parut avoir quelque chose de familier. (Le Banni de Gor, p. 98)

Sur le trône siégeait une femme à l’allure orgueilleuse, condescendante dans sa dignité altière, habillée royalement d’un costume majestueux en étoffe dorée, portant un masque non d’argent mais d’or pur, sculpté comme les autres à l’image d’une femme très belle. Les yeux, derrière le brillant masque, m’examinaient. Nul n’avait besoin de me dire que j’étais en présence de Lara, Tatrix de Tharna. (Le Banni de Gor, p. 98)

Le guerrier au pied du trône enleva son casque. C’était Thorn, Capitaine de Tharna, que j’avais rencontré dans la campagne à bonne distance de la cité. Ses yeux étroits comme ceux d’un urt me regardaient avec dédain.

Il vint vers moi à grandes enjambées.

  • À genoux ! commanda-t-il. Tu es devant Lara, Tatrix de Tharna !

Je ne voulus pas m’agenouiller.

D’un coup de pied dans les jambes, Thorn me déséquilibra et, entraîné par le poids de la cangue, je m’effondrai sur le sol, incapable de bouger. (Le Banni de Gor, p. 98)

Couvert de sueur, chaque fibre de mon corps en proie à des douleurs atroces, je parvins à me redresser sur les genoux. La main de Thorn ne me laissa pas me relever davantage. J’étais à genoux, prisonnier, devant la Tatrix de Tharna. (Le Banni de Gor, p. 99)

  • Est-ce ainsi, Étranger, demanda-t-elle d’un ton froid, que tu comptais emporter de la Cité la richesse de Tharna ?

Ta cangue est en argent, reprit-elle, en argent des Mines de Tharna ! (Le Banni de Gor, p. 99)

– Nous autres à Tharna, déclara-t-elle, faisons si peu de cas des richesses que nous nous en servons pour mettre les esclaves sous le joug ! (Le Banni de Gor, p. 99)

De la chaise curule proche du trône se leva une autre femme qui portait un masque d’argent extrêmement ouvragé et un magnifique costume en riche tissu d’argent. elle se dressa avec un maintien altier à côté de la Tatrix, son masque d’argent impassible luisant dans ma direction, hideux à la lueur des torches qu’il réfléchissait. S’adressant à la Tatrix, mais sans détourner de moi son masque, elle dit :

  • Détruisez l’animal !

La voix était froide, vibrante, claire, décisive, autoritaire. (Le Banni de Gor, p. 99-100)

  • La Loi de Tharna ne lui donne-t-elle pas le droit de parler, Dorna la Fière, Seconde à Tharna ? répliqua la Tatrix dont la voix aussi était impérieuse et froide et pourtant me plaisait plus que le ton de celle qui portait le masque d’argent.
  • La Loi reconnaît-elle des droits aux bêtes ? questionna la femme dont le nom était Dorna la Fière.

C’était presque comme si elle défiait sa Tatrix, et je me demandai si Dorna la Fière était satisfaite d’être Seconde à Tharna. Le sarcasme dans sa voix était mal contenu.

La Tatrix ne jugea pas devoir répondre à Dorna la Fière. (Le Banni de Gor, p. 100)

  • A-t-il encore sa langue ? demanda la Tatrix à l’homme aux bracelets de cuir qui se tenait derrière moi.
  • Oui, Tatrix, dit-il.

J’eus l’impression que la femme au masque d’argent qu’on avait appelée Seconde à Tharna se raidissait d’appréhension à cette révélation. Le masque d’argent se tourna vers l’homme aux bracelets de force. Il parlait d’une voix bégayante et je me demandai si, derrière moi, son corps trapu ne tremblait pas.

  • C’était le désir de la Tatrix que l’esclave soit enjugué et amené dans la Salle du Masque d’Or aussitôt que possible et indemne.

Je souris intérieurement en pensant aux dents de l’urt et au fouet qui avaient l’un et l’autre tâté ma chair.

  • Pourquoi ne t’es-tu pas agenouillé, Étranger ? demanda la Tatrix de Tharna.
  • Je suis un Guerrier ! répondis-je.
  • Tu es un esclave ! s’écria d’une voix sifflante Dorna la Fière derrière ce masque sans expression. (Puis elle se tourna vers la Tatrix.) Arrache-lui la langue ! lui enjoignit-elle.
  • Donnes-tu des ordres à celle qui est la Première à Tharna ? questionna la Tatrix.
  • Non, Bien-Aimée Tatrix, répondit Dorna la Fière.
  • Esclave, dit la Tatrix.

Je ne répondis pas à cette forme d’adresse.

  • Guerrier, reprit-elle.

Pris dans mon joug, je levai les yeux vers son masque. Dans sa main couverte d’un gant d’or, elle tenai un petit sac de cuir sombre, à demi plein. Je présumai que c’étaient les pièces d’Ost et me demandai où pouvait être le conspirateur. (Le Banni de Gor, p. 100-101)

Les femmes masquées d’argent se penchèrent en avant. Seules la Tatrix et Dorna la Fière restèrent assises très droites. Bien que la pièce fût fraîche, je remarquai que Thorna, Capitaine de Tharna, transpirait. Ses mains étaient agitées de mouvements spasmodiques. (Le Banni de Gor, p. 104)

  • Je sais, répondit Ost, que le chef de la conspiration est une haute personnalité de Tharna – quelqu’un qui porte le masque d’argent, une femme.
  • Impensable ! s’écria Lara en se levant. Aucune de celles qui portent le masque d’argent ne pourrait être déloyale envers Tharna !
  • C’est pourtant comme ça, dit Ost en reniflant.
  • Qui est la traîtresse ?
  • Je ne sais pas son nom. (Le Banni de Gor, p. 104-105)
  • Qu’en penses-tu, Dorna la Fière ? demanda Lara à celle qui était la Seconde à Tharna.

Mais au lieu de répondre, Dorna la Fière resta étrangement silencieuse. Elle étendit sa main gantée d’argent, la paume face à son corps, et l’abattit brutalement comme si c’était une lame.

  • Miséricorde, Grande Dorna ! hurla Ost.

Dorna répéta le geste lentement, cruellement.

Mais les mains de Lara étaient étendues, la paume dessus, et elle les leva légèrement; c’était un geste gracieux qui évoquait la pitié. (Le Banni de Gor, p. 105)

La terreur, comme un chat pris au piège, semblait se débattre au fond de ses yeux; il se mit à trembler dans sa cangue comme un animal malade. Avec mépris, l’officier le mit debout et l’entraîna, trébuchant et pleurnichant, hors de la salle. Je compris que la condamnation aux Mines équivalait à une condamnation à mort. (Le Banni de Gor, p. 106)

J’avais le vertige. Mon corps torturé par le poids de la cangue d’argent, maintenant enveloppé dans les flammes du fouet, tremblait de souffrance de façon irrépressible. Puis, quand la Tatrix fut exténuée, dans un sursaut d’énergie que je ne m’explique pas, je parvins à me mettre debout, tout sanglant sous ma cangue, la chair déchirée – et je la toisai de mon haut.

Elle pivota sur elle-même et s’enfuit vers l’estrade. elle gravit les marches en courant et ne se retourna que lorsqu’elle fut enfin devant son trône.

Elle pointa impérieusement la main vers moi, cette main que portait un gant d,or maintenant éclaboussé de mon sang, humide et sombre de la sueur de sa main.

  • Qu’on s’en serve dans les Divertissements de Tharna ! ordonna-t-elle. (Le Banni de Gor, p. 109)

…. La cangue n’était pas seulement un système pour immobiliser un homme mais aussi pour l’humilier, le traiter comme une bête. (Le Banni de Gor, p. 112)

… Elle portait pour tout vêtement un long rectangle étroit d’un rude tissu brun, de peut-être quarante-cinq centimètres de large, avec une fente par où passait la tête à la façon d’un poncho, et qui descendait devant et derrière, un peu au-dessous du genou, ceinturé à la taille par une chaîne.

– Oui, dit-elle, honteuse, je porte la camisk. (Le Banni de Gor, p. 112)

  • Je croyais que les femmes étaient libres à Tharna, fis-je observer en désignant de la tête le collier de métal gris qu’elle portait.
  • On ne me gardera pas à Tharna, répondit-elle. je serai envoyée aux Grandes Fermes, où je porterai l’eau aux Esclaves des Champs.
  • Quel est ton crime ? demandai-je.
  • J’ai trahi Tharna.
  • Tu as conspiré contre le trône ?
  • Non , expliqua la jeune femme. J’ai aimé un homme.

Je restai interdit.

  • J’ai porté naguère le masque d’argent, Guerrier. Mais maintenant je ne suis qu’une Femme Avilie, car je me suis permis d’aimer.
  • Ce n’est pas un crime ! protestai-je. (Le Banni de Gor, p. 113)
  • Il n’était même pas de la Cité.

J’émis un sifflement. C’était grave à des yeux goréens.

  • Pis que cela, dit-elle en riant et claquant des mains, il était de la Caste des Chanteurs. (Le Banni de Gor, p. 114)

Cela aurait pu être pire, pensai-je. Somme toute, bien que la Caste des Chanteurs – ou Poètes – ne soit pas de Haute Caste, elle a plus de prestige que, par exemple, la Caste des Potiers ou celle des Selliers avec lesquelles on la compare parfois. Sur Gor, le chanteur ou poète, est considéré comme un artisan qui produit des phrases durables tout comme un potier fabrique un bon pot ou un sellier fait une selle solide. Le rôle qui lui est dévolu dans la structure sociale est de célébrer les batailles et les histoires, de chanter les héros et les cités, mais on attend aussi de lui qu’il chante la vie, l’amour et la joie, pas seulement les armes et la gloire, et c’est encore son travail de rappeler de temps à autre aux Goréens la solitude et la mort afin qu’ils n’oublient pas qu’ils sont des hommes.

Le chanteur est censé avoir un talent particulier mais il en est de même pour le tarnier ou le bûcheron. Sur Gor comme sur ma planète natale, les poètes sont regardés avec un certain scepticisme et tenus pour un peu fous, mais l’idée n’est venue à personne qu’ils puissent souffrir de folie divine ni qu’ils reçoivent périodiquement l’inspiration des dieux. (Le Banni de Gor, p. 114)

…. Il ne s’est pas avisé qu’il doit sa misère et ses épreuves à sa profession et, dans l’ensemble, la Caste des Poètes passe pour un très heureux groupe d’hommes.  » Un morceau de pain pour une chanson  » est l’invitation goréenne couramment adressée aux membres de la caste; elle naît sur les lèvres d’un paysan comme sur celles d’un Ubar, et le poète tire une grande fierté de chanter la même chanson dans la hutte du pyasan et les salons de l’Ubar bien que cela ne lui vaille qu’une croûte de pain dans un endroit au lieu d’une bourse d’or dans l’autre, de l’or souvent dilapidé pour une belle femme qui ne lui laissera peut-être que ses chansons. (Le Banni de Gor, p. 115)

  • … C’est moi, poursuivit-elle, qui l’ai arrêté et l’ai interpellé, moi qui ai vu la lyre sous son costume gris et ai reconnu en lui un Chanteur. Sous mon masque d’argent, je l’avais suivi et j’avais vérifié qu’il était à l’intérieur de la Cité depuis plus de dix heures.
  • Qu’est-ce que cela signifie ? demandai-je car je me rappelai avoir déjà entendu cette formule.
  • Cela signifie que quelqu’un devient le bienvenue à Tharna, expliqua la jeune femme, c’est-à-dire qu’il est envoyé dans les Grandes Fermes comme Esclave des Champs pour cultiver la terre de Tharna, enchaîné jusqu’à sa mort.
  • Pourquoi ne prévient-on pas les étrangers quand ils franchissent les portes ?
  • Ce serait vraiment stupide, non ? dit-elle en riant. Comment regarnirait-on alors les rangs des Esclaves des Champs ?
  • Je vois, acquiesçai-je, entrevoyant pour la première fois ce qui motivait l’hospitalité de Tharna.
  • En tant que porteuse du masque d’argent, reprit la jeune femme, c’était mon devoir de signaler cet homme aux autorités. Mais j’étais curieuse, car je n’avais jamais vu d’homme qui ne fût pas de Tharna. Je l’ai suivi jusqu’à ce que nous soyons seuls et je l’ai abordé en lui expliquant le sort qui l’attendait.
  • Qu’a-t-il fait alors ?

Elle baissa la tête avec embarras.

  • Il a arraché mon masque d’argent et m’a embrassée, si b ien que je n’ai même pas pu appeler au secours !

Je lui souris.

  • Je n’avais encore jamais été dans les bras d’un homme, car ceux de Tharna ne peuvent pas toucher une femme.

J’ai dû paraître interloqué.

– C’est la Caste des Médecins qui dispose de ces choses, sous la direction du Grand Conseil de Tharna, expliqua-t-elle. (Le Banni de Gor, p. 115-116)

… Dans le cachot, Linna nous avait dit – à Andreas et à moi – que les hommes de Tharna doivent assister aux Divertissements de Tharna au moins quatre fois par an, faute de quoi ils doivent y prendre part en personne. (Le Banni de Gor, p. 121)

Alors, à ma surprise, les hommes de Tharna qui étaient enjugués dans l’arène, à genoux, rejetés par leur cité, condamnés, entonnèrent un hymne étrange. Andreas et moi, qui n’étions pas de Tharna, restâmes seuls silencieux – et je présume qu’il était aussi surpris que moi.

Bien que nous soyons d’abjects animaux

Juste bons à vivre pour votre satisfaction,

Juste bons à mourir pour votre plaisir,

Nous chantons les louanges des Masques de Tharna,

Salut, Masques de Tharna,

Salut, Tatrix de notre Cité. (Le Banni de Gor, p. 121)

  • Tout d’abord, reprit la voix, il y aura les Concours de Bœufs !

Nous étions environ quarante malheureux enjugués dans l’arène. en quelques instants, les gardes nous répartirent par équipes de quatre, attelant nos cangues ensemble par des chaînes. Puis ils nous dirigèrent à coups de fouet vers une série de gros blocs de granit pesant peut-être une tonne chacun, sur les côtés desquels saillaient de lourds anneaux de fer. D’autres chaînes fixèrent chaque équipe à son bloc.

On nous indiqua le parcours. La course commencerait et finirait devant le mur doré derrière lequel, dans sa hautaine splendeur, siégeait la Tatrix de Tharna. Chaque équipe aurait son conducteur qui porterait un fouet et serait monté sur le bloc. Nous tirâmes péniblement les lourds blocs jusqu’au mur doré. La cangue d’argent, chauffée par le soleil, me brûlait le cou et les épaules.

Quand nous fûmes devant le mur, j’entendis le rire de la Tatrix et la rage m’aveugla.

Notre conducteur était l’homme aux bracelets de force, celui de la Salle des Urts, qui m’avait amené au début en présence de la Tatrix. Il s’approcha de chacun de nous pour vérifier les chaînes d’attelage. comme il examinait ma cangue et sa chaîne, il dit :

  • Dorna la Fière a parié cent tarnets d’or sur ce bloc. Veille à ce qu’il ne perde pas.
  • Et s’il perd ?

Elle vous fera tous bouillir vivants dans l’huile de tharlarion ! dit-il en riant. (Le Banni de Gor, p. 122)

Nous fûmes de nouveau remis brutalement debout et, à mon horreur, nos cangues furent garnies de cornes d’acier de quarante-cinq centimètres de long, pointues comme des clous.

Pendant que sa cangue était de même nantie des piques mortelles, Andreas s’adressa à moi :

  • C’est peut-être un adieu, Guerrier. J’espère seulement que nous ne serons pas opposés l’un à l’autre.
  • Je ne te tuerais pas, dis-je.

Il me regarda bizarrement.

  • Moi non plus, je ne te tuerais pas, reprit-il au bout d’un instant. Mais si nous sommes opposés et que nous ne luttons pas, nous serons abattus tous les deux.
  • Eh bien, tant pis ! répliquai-je.

Andrean me sourit.

  • Tant pis, Guerrier ! approuva-t-il.

Bien qu’enjugués, nous nous sommes regardés en hommes dont chacun savait qu’il avait trouvé un ami sur le sable de l’arène de Tharna. (Le Banni de Gor, p. 123)

Je n’avais aucun moyen de diriger le tarn. En temps normal, le tarn est guidé par un harnais. Il y a une bride de cou à laquelle, en général, six rênes sont attachées, dans le sens des aiguilles d’une montre. Elles vont de la bride du cou à l’anneau principal qui est fixé à la selle. En exerçant une pression sur ces rênes, on dirige l’oiseau. mais je n’avais ni selle ni harnais. En fait, je n’avais même pas d’aiguillon, sans lequel la plupart des tarniers ne voudraient même pas approcher leur féroce monture. (Le Banni de Gor, p. 138)

  • Tabuk ! criai-je au géant emplumé. Tabuk !

Le tabuk est l’antilope goréenne commune, un petit unicorne jaune et gracieux qui hante les bosquets d’arbres Ka-la-na de la planète et s’aventure parfois, de son allure délicate, dans les plaines à la recherche des baies et du sel. C’est aussi l’une des proies favorites du tarn.

Le cri  » Tabuk !  » est employé par le tarnier au cours de longs vols où le temps est précieux, quand il ne veut pas atterrir et libérer l’oiseau pour qu’il trouve une proie. S’il aperçoit un tabuk dans le champs ou, en fait, n’importe quel animal dans la gamme des proies du tarn, il crie  » Tabuk !  » et c’est le signal que le tarn peut chasser. Il tue son gibier, le dévore – et le vol reprend sans que le tarnier ait quitté la selle. C’était la première fois que je criais  » Tabuk !  » mais l’oiseau avait dû être dressé à cet appel par les Éleveurs de Tarns de Ko-ro-ba il y a des années et il pouvait encore y réagir. Quant à moi, j’avais toujours libéré l’oiseau pour qu’il se nourrisse. Je jugeais préférable de le laisser se reposer, de lui retirer la selle et aussi, à dire vrai, je ne me sentais aucune envie d’assister au repas d’un tarn. (Le Banni de Gor, p. 140)

Le cri de  » Tabuk !  » est le seul mot auquel un tarn est dressé à réagir. En dehors de cela, tout est affaire de rênes et d’aiguillon. Je me reprochai amèrement de n’avoir pas entraîné l’oiseau à réagir aux ordres verbaux. Maintenant plus que jamais, où je n’avais ni harnais ni selle, un tel enseignement aurait été inestimable. (Le Banni de Gor, p. 143)

Qui a été tarnier, affirme-t-on, reviendra toujours à ces sauvages oiseaux géants. Je crois que ce diction est vrai. On sait qu’il faut les maîtriser ou être dévoré. On sait qu’on e peut pas se fier à eux, qu’ils sont méchants. Un tarnier sait qu’ils peuvent se retourner contre lui à l’improviste. Pourtant, le tarnier ne veut pas d’autre vie. Il continue à monter ces oiseaux, à grimper sur leur selle le cœur plein de joie, à tirer sur la rêne un et, avec un cri d’allégresse, à inciter le monstre à prendre son essor. (Le Banni de Gor, p. 144)

… Le citoyen de Tharna, dressé dès la naissance à se considérer comme une créature indigne, ignoble et inférieure, au mieux une bête de somme à l’esprit obtus, ne faisait pas en général un bon tarnier. (Le Banni de Gor, p. 145)

Au loin, à une quarantaine de pasangs, j’aperçus une suite de crêtes hautes et escarpées, dominant une vaste prairie, toute jaune de talenders, cette fleur délicate aux pétales dorés que les jeunes filles de Gor ont coutume de tresser en guirlandes. Chez elle, quand elles sont avec leurs parents ou leurs amoureux, les femmes de Gor se dévoilent et piquent parfois des talenders dans leur chevelure. À la fête célébrant son Libre Compagnonnage, la jeune fille porte souvent une couronne de talenders. (Le Banni de Gor, p. 146)

Il est d’usage sur Gor que la captive s’agenouille devant son ravisseur, mais elle était, somme toute, une Tatrix et je ne voulus pas insister sur ce point. Ses mains toujours gantées d’or montèrent vers le masque doré comme si elle craignait plus que tout qu’il ne soit pas en place. (Le Banni de Gor, p. 147)

  • Et, repris-je, non seulement tu m’as outragé, mais tu as réduit mes amis en esclavage.

La Tatrix se redressa sur les genoux.

  • Je les libérerai ! s’écria-t-elle.
  • Peut-tu changer les lois de Tharna ? demandai-je.

Hélas, même moi je ne le peux pas, mais je peux libérer tes amis ! Je les libérerai ! Ma liberté en échange de la leur ! (Le Banni de Gor, p. 152)

…. Et il n’y avait pas d’aire sur la corniche, pas de tarn femelle, pas de couvée piaillante de tarnots. (Le Banni de Gor, p. 153)

  • Mène-moi maintenant à la Colonne des Échanges.
  • Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.
  • Une colonne aux frontières de Tharna, expliqua-t-elle, où Tharna et ses ennemis effectuent l’échange des prisonniers. Je te guiderai. (Elle ajouta J Tu y trouveras des hommes de Tharna qui t’attendent.
  • Qui m’attendent ?

Naturellement, répliqua-t-elle. Ne t’es-tu pas étonné qu’il n’y ait eu aucune poursuite ? (Elle eut un rire désabusé.) Qui serait assez fou pour garder la Tatrix de Tharna quand elle peut être rachetée pour l’or d’une douzaine d’Ubars ? (Le Banni de Gor, p. 154)

Tharna compte cent mines ou davantage, chacune exploitée par sa propre chaîne d’esclaves. Elles forment des réseaux sinueux de galeries qui se faufilent, pouce par pouce, irrégulièrement, à travers les riches filons de minerai qui ont fait la fortune de la cité. La plupart des galeries ne permettent pas à un homme de se tenir debout. Beaucoup sont insuffisamment étayées. Quand l’esclave creuse, il rampe sur les mains et les genoux qui, au début, saignent mais, graduellement, se couvrent de cals épais et rugueux. Autour de son cou est suspendu un sac en grosse toile dans lequel sont rapportés aux balances les morceaux de minerai. Ce dernier est détaché des parois à l’aide d’un petit pic. La lumière est fournie par des minuscules lampes qui ne sont rien de plus que de petites coupes pleine d’huile de tharlarion avec des mèches en fibre. (Le Banni de Gor, p. 169)

La journée de travail est de quinze heures goréennes (ahns), ce qui, compte tenu de la légère différence dans la période de rotation de la planète, équivaut à environ dix-huit heures terrestres. Les esclaves ne sont jamais remontés à la surface et, une fois plongés dans la froide obscurité de la mine, ne voient plus jamais le soleil. La seule détente dans leur existence a lieu une fois l’an, le jour anniversaire de la Tatrix, où on leur sert un petit gâteau fait de miel et de graines de sésame et un petit pot de Kal-da de qualité médiocre. Un de mes compagnons de chaîne – guère plus qu’un squelette édenté – se vanta d’avoir bu trois fois du Kal-da dans les mines. La plupart n’ont pas cette chance. L’espérance de vie d’une esclave de mine, étant donné le travail et la nourriture, s’il ne meurt pas sous le fouet des surveillants, est généralement de six mois à un an. (Le Banni de Gor, p. 169)

L’auge de nourriture avait déjà été remplie.

Les esclaves esquissèrent un mouvement en avant, mais reculèrent sous le fouet. Le signal permettant de se jeter sur l’auge n’avait pas encore été donné.

L’Esclave au Fouet, un autre esclave de Tharna mais qui avait la responsabilité de la chaîne, aimait sa tâche. Il ne reverrait jamais la lumière du soleil mais c’était lui qui tenait le fouet, lui qui était Ubar de ce macabre cachot. (Le Banni de Gor, p. 170)

De temps à autre, des brides de nouvelles filtraient dans la mine, colportées par les esclaves qui remplissaient l’auge. Ces derniers avaient de la chance, car ils avaient accès au Puits Central. Chacune des cent mines de Tharna, à un niveau ou à un autre, ouvrait sur ce puits. Il ne faut le confondre avec les galeries d’exploitation beaucoup plus petites, qui sont propres à chaque mine : ce sont des espèces de puits étroits creusés dans la pierre et leurs plates-formes offrent tout juste assez de place pour le sac de minerai d’un esclave.

C’est par le Puits Central que les Mines de Tharna sont approvisionnées. C’est par là qu’arrivent non seulement les aliments, mais aussi, lorsque c’est nécessaire, les toiles, les outils et les chaînes. Bien entendu, l’eau potable est fournie par les puisards naturels de chaque mine. Mes compagnons de bagne et moi étions descendus par le Puits Central. Ne le remontaient que les esclaves morts. (Le Banni de Gor, p. 173)

  • Est-ce que tu nous demandes de devenir des Guerriers ? lança une voix.
  • Oui ! m’écriai-je. (De telles paroles n’avaient jamais encore été prononcées sur Gor.) Dans cette cause, que vous soyez de la Caste des Paysans, des Poètes, des Forgerons ou des Selliers, vous devez être des Guerriers ! (Le Banni de Gor, p. 188)

J’avais cherché de quoi m’armer et je n’avais trouvé qu’un fourreau et un casque endommagé, mais les tarniers n’allaient pas tarder à arriver. Au Pas du Guerrier, un petit trot allongé qui peut être soutenu pendant des heures, je quittai le Complexe des Mines. (Le Banni de Gor, p. 197)

On était maintenant au mois de l’équinoxe de printemps sur Gor, appelé En’Kara ou le Premier Kara. L’expression complète est En’Kara-Lar-Torvis, qui signifie littéralement la Première Rotation du Feu Central. Lar-Torvis est le nom goréen du Soleil. Plus communément, mais jamais dans le contexte de la durée, le Soleil est mentionné sous la dénomination de Tor-tu-Gor ou Lumière sur la Pierre du Foyer.

Le mois de l’équinoxe d’automne s’appelle Se’Kara-Lar-Torvis : la Seconde Rotation du Feu Central; mais, habituellement, on dit simplement Se-Kara, le Seocnd Kara ou la Seconde Rotation.

Bien entendu, il y a des expressions corollaires pour les mois des solstices – En’Var-Lar-Torvis ou, littéralement encore, le Premier Repos du Feu Central, et Se’Var-Lar-Torvis, le Second Repos du Feu Central. Cependant ces expressions, comme les précédentes, s’emploient en abrégé dans la conversation courante et deviennent En’Var et Se’Var, le Premier et le Second Repos. (Le Banni de Gor, p. 198-199)

La chronologie, soit dit en passant, fait le désespoir des savants de Gor, car chaque cité garde la trace des événements au moyen de ses propres liste d’Administrateurs; par exemple, on se réfère à une année comme étant la Seconde Année pendant laquelle Untel était Administrateur de la Cité. On pourrait penser qu’une certaine stabilité est assurée par les Initiés qui doivent tenir le calendrier de leurs fêtes et observances, mais les Initiés d’une cité ne célèbrent pas toujours la même fête à la même date que ceux d’une autre cité. Si le Grand Initié d’Ar réussissait jamais à étendre son hégémonie qu’il prétend d’ailleurs exercer déjà -, un calendrier unifié pourrait être instauré. Mais, jusqu’ici, il n’y a pas eu de victoire militaire d’Ar sur les autres et, en conséquence, libres de l’épée, les Grands Initiés de chaque cité se considèrent comme Suprêmes à l’intérieur de leurs propres remparts. (Le Banni de Gor, p. 199)

Il existe cependant certains facteurs qui tendent à pallier cette situation apparemment sans issue. Il y a d’abord les foires des Monts Sardar, qui ont lieu quatre fois par an et sont numérotées chronologiquement. D’autre part, il y a des cités qui sont disposées à ajouter dans leurs annales, à côté de leurs propres dates, la numération d’Ar qui est la plus grande cité de Gor. (Le Banni de Gor, p. 199)

Dans Ar, la chronologie est calculée fort heureusement non pas d’après la liste des Administrateurs, mais d’après sa fondation mythique par le premier homme de Gor, un héros que les Prêtres-Rois passent pour avoir formé avec le limon de la terre et le sang des tarns. Le temps est compté  » Constata Ar  » ou  » De la fondation d’Ar « . La présente année, si cela vous intéresse, est, d’après le calendrier d’Ar, l’année 10117. En fait, j’aurais tendance à croire qu’Ar n’a pas le tiers de cet âge. Toutefois, sa Pierre du Foyer, que j’ai vue, témoigne d’un âge considérable. (Le Banni de Gor, p. 199-200)

Les Monts Sardar ne sont pas une chaîne immense et magnifique comme les escarpements pourpres des Voltaï, cette étendue montagneuse presque impénétrable où j’avais été naguère le prisonnier de Marlenus, Ubar banni d’Ar, le père ambitieux et belliqueux de la farouche et ravissante Talena que j’aimais, que j’avais emportée sur mon tarn à Ko-ro-ba voilà des années pour en faire ma Libre Compagne. Non, la Chaîne des Sardar n’a rien de la splendeur sauvage de ce site désert qu’est la Chaîne des Voltaï. Ses pics ne se haussent pas dédaigneusement au-dessus des plaines, ses sommets ne bravent pas le ciel ni, dans le froid de la nuit, les étoiles. On n’y entend pas le cri des tarns et le rugissement des larls. Elle n’égale la Chaîne des Voltaï ni en dimension ni en grandeur. Pourtant, quand je l’ai regardée, elle me terrifia plus que l’âpre magnificence des Voltaï hantées par les larls. (Le Banni de Gor, p. 200-201)

– Tal, dis-je à deux gardes qui étaient accroupis près d’un feu et jouaient aux  » cailloux « , un je qui consiste à deviner si le nombre de cailloux contenu dans le poing du partenaire est pair ou impair. (Le Banni de Gor, p. 206)

Quand quelqu’un capture une femme pour son usage personnel, il ne la marque pas toujours, bien que cela se fasse couramment. En revanche, le trafiquant professionnel a l’habitude de marquer presque toujours ses biens, et c’est très rarement qu’un femme non marquée monte sur le billot de l’aire des ventes.

Il faut faire une distinction entre la marque et le collier, bien que les deux soient une désignation d’esclavage. la raison d’être principale du collier est d’identifier le maître et sa cité. Le collier de telle ou telle femme peut être changé cent fois, mais la marque annonce à jamais sa condition. Normalement, la marque est cachée par la livrée d’esclave à jupe courte de Gor mais, évidemment, en cas de port de la camisk, elle est toujours nettement visible et rappelle à la jeune femme et aux autres sa situation.

La marque elle-même, dans le cas des femmes, est assez gracieuse; c’est la lettre initiale du mot goréen pour  » esclave « , en écriture cursive. Pour marquer un homme, on utilise la même initiale, mais en majuscule. (Le Banni de Gor, p. 207)

Je me suis quelquefois demandé pourquoi on marquait au fer les esclaves goréens. Il existe certainement des moyens de marquer le corps humain de façon indélébile mais sans douleur. Mon hypothèse, confirmée jusqu’à un certain point par les réflexions de Tarl l’Aîné, qui m’avait enseigné le métier des armes à Ko-ro-ba il y a des années, est que la marque est utilisée surtout, si bizarre que cela paraisse, à cause de l’effet psychologique qu’elle est censée avoir.

En théorie, sinon en pratique, quand la jeune fille se voit marquée comme un animal, voit sa jolie peau marquée par le fer d’un maître, elle ne peut en quelques sorte manquer, au plus profond d’elle-même, de se considérer comme une chose qui est possédée, comme un simple bien, comme une chose appartenant à la brute qui a apposé le fer rouge sur sa cuisse.

Plus simplement, la marque est censée convaincre la jeune fille qu’elle est vraiment possédée; elle est censé le lui faire sentir. Quand le fer est retiré et qu’elle éprouve la douleur et la dégradation, et qu’elle sent l’odeur de sa chair brûlée, elle est supposée se dire, en comprenant sa terrible et complète portée :  » Je suis sienne.  »

En fait, je présume que l’effet de la marque dépend beaucoup de la personne. Chez un grand nombre, je suppose que la marque a peu d’effet en dehors de contribuer à leur honte, leur chagrin et leur humiliation. Chez d’autres, il se peut qu’elle augmente leur indocilité, leur hostilité. Par ailleurs, j’ai connu plusieurs cas où une femme fière, insolente, même de grande intelligence, qui a résisté à un maître jusqu’au contact même du fer, une fois marquée devient aussitôt une Esclave de Plaisir passionnée et docile. (Le Banni de Gor, p. 209-210)

… En fait, cinquante tarnets d’argent est un prix extrêmement élevé, ce qui indiquait que la jeune femme était probablement de Haute Caste en même temps que très belle. Une femme ordinaire, de Basse Caste, fraîche et avenante mais inexpérimentée, pouvait, suivant le marché, se vendre aussi bas que cinq tarnets ou jusqu’à trente tarnets. (Le Banni de Gor, p. 214)

…. Les jeunes femmes vêtues de la camisk s’agenouillèrent alors toutes dans la posture de l’Esclave de Plaisir, alignées entre les deux arbres auxquels la chaîne était attachée. Lorsque je passais devant, chacune levait audacieusement les yeux vers moi et disait :

  • Achète-moi, Maître. (Le Banni de Gor, p. 215-216)

Beaucoup étaient belles, et je me dis que, si la chaîne était petite, elle était bien fournie, et qu’à peu près n’importe qui pouvait y trouver une femme à son goût. C’étaient des créatures splendides, débordant de vitalité, dont bon nombre étaient sûrement rompues à réjouir les sens d’un maître. Et de nombreuses cités de Gor étaient représentées dans cette chaîne, que l’on appelle parfois les Collier du Marchand d’Esclaves. il y avait une blonde de la haute Thentis; une fille à la peau sombre dont la chevelure noire tombait jusqu’à ses chevilles qui venait de la Cité de Tor, dans le désert; des filles des rues misérables de Port Kar dans le delta du Vosk; même des filles des hauts cylindres de la Glorieuse Ar elle-même. Je me demandai combien d’entre elles étaient nées esclaves et combien avaient été libres naguère. (Le Banni de Gor, p. 216)

Réflexion faite, je m’avisai que la chaîne n’est pas, en fin de compte, l’idéal pour une jeune femme pleine de vie se sachant par sa marque destinées à l’amour, que chacune d’elles doit espérer trouver un homme qui tienne assez à elle pour l’acheter, que chacune doit être anxieuse de suivre un homme dans sa demeure, de porter son collier et ses chaînes, d’apprendre sa force et son cœur et qui lui enseigne les délices de la soumission. Plutôt les bras d’un maître que l’acier froid de l’anneau de cheville. (Le Banni de Gor, p. 216-217)

Sur Gor, l’esclave – n’était pas légalement une personne – n’a pas de nom en propre, tout comme sur Terre nos animaux domestiques qui ne sont pas des personnes devant la loi n’ont pas de nom. En fait, du point de vue goréen, une des choses les plus terribles de l’esclavage, c’est qu’on perd son nom. Ce nom que l’on a eu de naissance, par lequel on s’est appelé et connu, ce nom qui est une si grande part de la conception de soi, de sa véritable et intime identité – ce nom disparaît. (Le Banni de Gor, p. 218-219)

… Des coussins étaient éparpillés sur les tapis. Près d’une des parois de la tente se trouvait un Chevalet de Plaisir avec ses courroies. (Le Banni de Gor, p. 221)

  • Maintenant que tu les sais, que vas-tu faire de moi ? Est-ce que ce sera l’huile de tharlarion ? Me jetteras-tu à des plantes-sangsues ? M’attacheras-tu à un poteau pour servir de pâture à ton tarn ? M’utiliseras-tu pour appâter un piège à sleen ? (Le Banni de Gor, p. 223)

Alors, dans la tente du marchand d’esclaves, Lara, naguère Tatrix de Tharna, me raconta les grandes lignes de l’étrange histoire de sa cité. Au début, Tharna ressemblait aux autres cités de Gor, où les femmes jouissaient de trop peu de considération et avaient trop peu de droits. En ce temps-là, une partie des Rites de Soumission, tels qu’on les pratiquait à Tharna, consistait à dévêtir et à attacher la captive avec des cordes jaunes et à les placer sur un tapis écarlate; le jaune de la corde était un rappel symbolique des talenders, une fleur souvent associée à la beauté et à l’amour féminins, l’écarlate du tapis étant un rappel symbolique du sang et peut-être de la passion.

Celui qui avait capturé la jeune femme mettait son épée sur sa poitrine et prononçait la formule sacramentelle de l’asservissement. C’était les derniers mots qu’elle entendait comme femme libre.

Pleure, Libre Jeune Fille.

Souviens-toi de ta fierté et pleure.

Souviens-toi de ton rire et pleure.

Rappelle-toi que tu étais mon ennemie et pleure.

Maintenant, tu es ma captive impuissante.

Rappelle-toi que tu t’es dressée contre moi.

Maintenant tu es étendue à mes pieds.

Je t’ai liée avec des cordes jaunes.

Je t’ai placé sur le tapis écarlate.

Ainsi, suivant les lois de Tharna, je te proclame mienne.

Rappelle-toi que tu étais libre.

Sache que tu es à présent mon esclave.

Pleure, Jeune Esclave

À ce moment, le ravisseur détachait les chevilles de la jeune fille et complétait le rite. Quand elle se relevait pour le suivre, elle était, à ses propres yeux comme à ceux de l’homme, son esclave.

Après un certain temps, cette cruelle coutume tomba en désuétude et l’on en vint à considérer plus raisonnablement et humainement les femmes de Tharna. En fait, par leur amour et leur tendresse, elles enseignèrent à leurs ravisseurs qu’elles aussi étaient dignes de respect et d’affection. Et, naturellement, au fur et à mesure que les ravisseurs s’attachaient à leurs esclaves, le désir de les subjuguer diminua, car peu d’homme continuent longtemps à vouloir asservir une créature qu’ils aiment sincèrement, sauf peut-être quand ils craignent de la perdre si elle était libre.

Mais, à mesure que le statut de ces femmes devenait plus noble et moins clairement défini, le jeu subtil des forces de domination et de soumission instinctif dans tout le monde animal se mit en branle.

L’équilibre du respect mutuel est toujours délicat et, d’après les statistiques, il est improbable qu’il puisse être maintenu longtemps dans toute une population. En conséquence, exploitant peu à peu, peut-être inconsciemment, les occasions procurées par l’éducation des enfants et l’attachement de leurs compagnons, les femmes de Tharna améliorèrent considérablement leur condition au fil des générations, ajoutant aussi à leur pouvoir social la puissance économique de fonds et d’héritages divers.

Par la suite, en grande partie grâce au conditionnement des jeunes et au contrôle de l’éducation, ces supériorités que la femme possède naturellement en sont venues à s’accroître aux dépends de celles de l’homme. Et tout comme dans notre monde à nous il est possible d’amener des populations entières à croire ce qui, du point de vue d’un autre peuple, paraît incompréhensible et absurde, de même à Tharna hommes et femmes en arrivèrent avec le temps à croire les mythes et les déviations qui avantageaient la domination féminine. Et c’est ainsi que, petit à petit, et sans qu’on le remarque, la gynécocratie a été instaurée à Tharna et respectée avec tout le poids de la tradition et des coutumes, ces liens invisibles plus pesants que des chaînes car on ne se rend pas compte qu’ils existent.

Cependant cette situation – si viable socialement qu’elle ait pu être pendant des génération – n’est pas vraiment créatrice de bonheur humain. En vérité, elle n’apparaît pas nettement comme préférable à l’éthos dominé par l’homme de la plupart des cités goréennes, qui a aussi, bien sûr, ses côtés regrettables. Dans une cité comme Tharna, les hommes auxquels on apprend à se considérer comme des animaux, des êtres inférieurs, parviennent rarement au respect complet d’eux-mêmes essentiel à une véritable virilité.

Mais ce qui est encore pus étrange, c’est que les femmes de Tharna ne semblent pas heureuse sous ce régime gynécocratique. Bien qu’elles méprisent les hommes et se félicitent de leur statut plus élevé, j’ai l’impression qu’elles manquent aussi au respect de soi. En haïssant leurs hommes, elles se haïssent elles-mêmes. (Le Banni de Gor, p. 227-228-229)

… Sur les remparts mêmes, au-dessus de la porte, était tracée en lettres énormes la devise  » Sa’ng-fori « , littéralement  » Sans Chaînes  » mais peut-être mieux traduite simplement par  » Liberté  » ou  » Indépendance ». (Le Banni de Gor, p. 239)

Je fus intrigué, car la Caste des Musiciens avait, comme le Caste des Poètes, la Caste des Musiciens était considérée par les graves masques de Tharna comme déplacée dans une cité de gens sérieux et tout à leur travail. la musique – comme le Paga et les poèmes – peut enflammer le cœur des hommes et, quand les cœurs des hommes sont enflammés, il n’est pas facile de savoir jusqu’où la flamme risque de se propager. (Le Banni de Gor, p. 248)

  • Pourquoi dansent-elles pour toi ? demanda Lara.

Elles seraient fouettées si elles ne le faisaient pas, rétorqua Kron.

Lara baissa les yeux.

– Tu vois les colliers, reprit Kron en désignant les minces et gracieux cercles d’argent que chaque femme portait au cou. Nous avons fondu les masques et utilisé le métal pour les colliers. (Le Banni de Gor, p. 250)

D’autres jeunes femmes survinrent alors parmi les tables, portant seulement une camisk et un collier d’argent. L’air morose, en silence, elles commencèrent à servir le Kal-da que Kron avait commandé. Chacune était chargée d’une lourde cruche pleine de l’horrible breuvage bouillant et remplissait les coupes des hommes l’une après l’autre. (Le Banni de Gor, p. 250)

…. Une infanterie bien entraînée, entre parenthèses, peut se déplacer rapidement dans les rues d’une ville en s’abritant la tête avec des boucliers placées côte à côte, à la manière du testudo romain, mais cette formation exige discipline et précision, vertus martiales qu’on ne pouvait attendre à un haut degré des rebelles de Tharna. (Le Banni de Gor, p. 255)

À une centaine de mètres de la barricade, je déposai lance et bouclier, signe que je demandais une trêve. (Le Banni de Gor, p. 255)

  • Salut, Lara, Tatrix de Tharna ! proclamèrent-ils, et, selon la coutume de la Cité, cinq fois ces armes furent brandies et cinq fois retentit ce cri joyeux. (Le Banni de Gor, p. 270)
  • Qu’on le fonde , avait décrété Lara, et qu’on le moule en tarnet d’or de Tharna, et que ces tarnets soient distribués à ceux qui ont souffert pendant notre temps de troubles.

 » Et ajoutez aux tarnets d’or, s’était-elle exclamée, les tarnets d’argent qui seront fondus avec les masques de nos femmes, car désormais, à Tharna, aucune femme ne pourra porter un masque, qu’il soit d’or ou d’argent, quand bien même elle serait la Tatrix de Tharna en personne !

Et ces paroles ayant été dites devinrent, selon la coutume de Tharna, la loi et, à partir de ce jour, aucune femme de Tharna ne put porter de masque. (Le Banni de Gor, p. 276)

C’est peut-être peu de chose de voir à la ceinture d’un artisan une boucle d’argent du style courant dans la montagneuse Thentis ou de remarquer au marché le mets délicat que sont les anguilles séchées de Port Kar, mais ces détails, si petits soient-ils, témoignent à mes yeux d’une nouvelle Tharna. (Le Banni de Gor, p. 276-277)

On pourrait aussi mentionner que les hommes de Tharna ont pris l’habitude de porter, passées dans la ceinture de leur tunique, deux cordelettes jaunes, chacune d’environ cinquante centimètres de long. À ce seul signe, les gens d’autres cités peuvent reconnaître maintenant un homme de Tharna. (Le Banni de Gor, p. 277)

Dans ces conditions, à sa façon, le jugement de Lara était miséricordieux – bien qu’il ait été accueilli par les gémissements de lamentation des captives encordées.

Chaque masque d’argent aurait six mois pendant lesquels elle serait libre de vivre à l’intérieur de la cité et serait nourrie aux tables communes, à peu près comme avant la révolte. Mais, pendant ces six mois, on attend d’elle qu’elle troue un homme de Tharna à qui elle se proposera comme Libre Compagne.

S’il ne l’accepte pas comme telle – et peu d’hommes de Tharna seront disposés à accorder les privilèges du Libre Compagnonnage à un masque d’argent -, il pourra alors, sans autre formalité, lui passer simplement un collier et la prendre comme esclave, ou encore la rejeter complètement. Dans ce dernier cas, elle a la possibilité de se proposer de même à un autre homme de Tharna et peut-être a un, deux, trois autres encore.

Les six mois écoulés – peut-être a-t-elle répugné à chercher un Maître ? -, son initiative à cet égard est perdue et elle appartient au premier homme qui lui encerclera le cou avec le gracieux et brillant insigne de servitude. Elle n’est alors pas considérée autrement que s’il s’agissait d’une captive ramenée à dos de tarn de quelque lointaine cité, ni traitée différemment.

En pratique, étant donné le caractère des hommes de Tharna, le jugement de Lara donne aux masques d’argent la possibilité, pendant un certains temps, de choisir un maître ou, ce déla écoulé, d’être elles-mêmes choisies comme esclaves. Ainsi, chaque masque d’argent appartiendra un temps donné à un  » animal « , mais, en premier lieu, elle a la faculté de décider quelles cordelettes jaunes lui seront imposées, sur quel tapis aura lieu la cérémonie de soumission. (Le Banni de Gor, p. 278-279)






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Une Réponse to “Le Banni de Gor”

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